dimanche 27 mars 2011

L'homme à la caméra - A.



L’HOMME À LA CAMÉRA  - Dziga Vertov

Thèmes / axes selon étudier le film :
            - documentaire                                  - montage
            - archives                                          - modernité
            - fragmentation                                 - militant

On a l’impression d’une mosaïque.
            Le montage est tout à fait visible ainsi que tous les outils techniques qui servent à construire le film. Quelque part, ce montage se rapproche des actuels clips musicaux.
On peut aussi noter dans le film une exaltation du corps. Ainsi, l’image qui en est donné n’est pas habituelle, on montre des choses d’ordinaire cachées.
            Il y a une association constante entre l’œil humain et l’œil de la caméra : l’objectif. Ce trait est lié à l’esthétique propre à Vertov et au groupe qu’il a formé : le kinoki (kino-glas : ciné-œil).
            Avec L’homme à la caméra, on s’écarte du cinéma qui reconstruit un monde. On veut construire un cinéma qui regarde le monde tel qu’il est. Pour eux, le cinéma de fiction éloigne le spectateur de la réalité. Pour Vertov, c’est un cinéma qui trompe. Il veut s’en détourner et aller à la rencontre de la réalité et de la vérité (Kino Pravda : ciné-vérité) afin de regarder le monde dans tous ses aspects.
            Le cinéma de fiction montre d’ailleurs rarement le travail. Pourtant, pour montrer cette réalité, le cinéma est un outil formidable. Grâce aux innovations  du cinéma, on va pouvoir fournir de nouvelles images. Le développement technique est mis au service des hommes. L’œil de la caméra offre des possibilités démultipliées. Le film est en quelque sorte une démonstration des moyens techniques du cinéma.
            Un des aspects du cinéma documentaire est de nous montrer ce qu’on aura pas l’occasion de voir autre part.
Flaherty comprend dans Nanook l’esquimau que comme dans la fiction, le documentaire doit construire un personnage. Dans le cinéma documentaire, il y a l’idée de faire apparaître à l’écran les choses populaires.

Ciné-œil : idée que l’objectif de la caméra est une sorte d’œil mécanique. On associe l’œil et le regard humain à une machine et surtout à la caméra.

Faire le point, c’est décider de filmer quelque chose en particulier.

Procédés techniques de l’époque : surimpression, écran partagé, plusieurs images dans le même cadre, ralenti/accéléré.

Kino Pravda : journal d’opinion prétendant incarner la vérité.
Vertov ; a l’idée de faire un journal filmé. Ce serait un moyen puissant de toucher les masses (populations peu lettrées), dans une perspective de propagande.
Il espère aussi délivrer la vérité.
Pour Chris Marker, le cinéma-vérité, c’est le « ciné-ma-vérité » (subjectivité). Pour Vertov, au lieu de délivrer du mensonge et de l’illusion, le cinéma doit délivrer la réalité, et montrer le monde tel qu’il est.

Les constructivistes : la photo constructiviste privilégie une composition structurée, qui ramène le réel à une sorte de construction. Privilégie les formes parfaites : usines, architecture.
C’est une forme futuriste qui privilégie la technique. Il y a là une volonté d’être moderne.
            « à bas l’art, vive la technique » : l’art ne serait qu’une vieillerie. La technique, le cinéma serait le futur : un art nouveau. (voir en Allemagne, musée Bauhaus).

            « le drame cinématographique est l’opium du peuple » : (référence à la religion qui est l’opium du peuple. La religion serait  ce qui permet au peuple de supporter le régime marxiste. Le drame cinématographique divertirait, nous ferait oublier notre existence. Vertov applique ceci aux fables bourgeoises : au cinéma de fiction.
            C’est pourquoi le documentaire suppose un engagement. On veut attirer l’attention sur un aspect du monde.

            Il y a une remise en cause de l’idée d’art peut être pour remettre en cause l’idée d’artiste. Les techniques artistiques doivent être mises à la portée de tous (idée qui réapparaitra en 68).
            « Les travailleurs ayant retrouvé la vue » : le cinéma bourgeois aveuglerait, masquerait la réalité.
            « La vie à l’improviste » : idée d’absence de préparation. Surprendre la réalité. Mais le cinéma documentaire opère-t-il toujours à l’improviste ? Les personnages n’inventent pas leur texte, mais il y a une mise en condition. Si on opérait totalement à l’improviste, il n’y aurait pas de démarche documentaire.

            L’homme à la caméra :

            Il n’y a pas un sujet dans ce film, mais des ouragans de sujets. On essaie de saisir toute la complexité du réel. D’où la démultiplication du nombre de plans : on va alors fragmenter le réel. Il va falloir donner du sens à cette fragmentation par le montage.
            Le montage de Vertov se sert des processus d’association : analogie, parallèle. On a tendance à assembler des choses qui se ressemblent, même sur un détail.
Le travail du monteur consiste à associer les choses qui ont un lien entre elles. Parfois, le fait d’être contradictoire est une raison de rapprocher.

            Eugénie Zvonkine : (réalisatrice du découpage de la fiche).
Elle sectionne le film en 10 chapitres (techniquement, il y en a 29).
C’est un film sans cartons (à l’exception de ceux des actes et des quelques cartons du début).
La musique suit les indications laissées par Vertov.

Yeelen - Analyse


YEELEN – ANALYSE DE SÉQUENCES


Générique, début du film :
            Logo de la maison de production : celle fondée par Cissé dans les années 70.

            4 signes apparaissent ensuite, ce sont des idéogrammes bambaras.
(idéogramme = signe représentant un concept une idée. Mais c’est tout de même un dessin : il y a un lien entre le signe et le sens. Il y a un lien de signification et d’évocation).
            Par le biais de ces idéogrammes, Cissé combat l’idée reçue qui insinue qu’il n’y aurait pas de langue africaine. Il contrecarre ainsi ce préjugé.

            - le 1er signe : le Komo : ensemble des rites + ensemble des initiés.
Le Komo recueille des secrets, des rites, qui se transmettent mais pas à n’importe qui.
Ces secrets sont propres aux Bambaras, et ainsi on soupçonne Niankoro d’être celui qui va les révéler. Certains Bambaras ayant vu le film en ont d’ailleurs fait la critique, car certaines scènes montrent de vrais initiés.

            - le texte : « L’échauffement donne le feu et les deux mondes, la terre et le ciel existent par la lumière ».
Pourquoi cette phrase ? – pour expliquer le titre (simple d’ailleurs, comme souvent pour les films de Cissé)     
                                               - renvoie à la première image vue, à savoir le soleil
Ainsi, le film s’ouvre et se termine sur la lumière.

Puis viennent le titre et les cartons.

            - le feu : il fait partie des 4 éléments, et il rappelle le mythe de Prométhée (qui vola le feu aux dieux, pour l’apporter aux hommes). Le feu est ce qui est nécessaire pour fabriquer des objets de fer (rappelle la scène où les hommes forgent le fer).
               La chaleur ? : chaleur et lumière sont liées à la vie et s’opposent au froid et à l’obscurité. Dans de nombreuses mythologies, le soleil est glorifié.
Pour la mythologie grecque, la lumière signifie ainsi l’élévation à la connaissance (incarnée par Apollon).
Dans la Bible, tous les êtres « bénéfiques » sont entourés d’un halo de lumière.
Dès le début du film, il est visible que l’on est en plein mythe.

            Si on résumait le film grossièrement, ce serait l’histoire de Niankoro, qui devant accéder à une connaissance supérieure devra surmonter des difficultés, et affronter des obstacles.
            - le ciel et la terre ? : rappelle l’union d’Ouranos et de Gaia, l’union du Ciel et de la Terre. L’union du féminin et du masculin. De leur union naîtront de nombreux monstres et créatures « étranges.
            D’ailleurs, le thème de la naissance est rappelé tout au long du femme, par
l’union notamment de Niankoro et de la femme Peul.
Quant à l’œuf de la fin du film, il est aussi lié à la naissance, à la fécondité, à ce qui va
naître. On revient au début, à une naissance.
           
            - le Korê : nom de l’aile : objet magique à réunir au pilon magique.
Dans beaucoup de mythologies, il y a des liens avec les animaux, dans d’autres on imagine même le mélange hommes/animaux. Ceci vient du fait qu’on met volontiers dans la généalogie humaine des animaux. (voir la mythologie indienne).
            Ainsi, dans le film, on retrouve (vers la fin) l’association de personnages à des animaux par le biais de transparences.
Animisme : attribuer une âme à des choses qui en sont en principe dépourvues.

            « Kolonkalanni » : objet de punition, de châtiment. Il permet la poursuite.
Il rappelle aussi l’idée de l’union : union du pilon à l’aile du Korê.

            - apparition de la lumière / de l’aube, liée à la mort du poulet.
            - la chèvre : séquence qui concerne le sacrifice à une divinité assise tenant l’aile du Korê, d’une chèvre blanche.
Sacrifice : offrande aux dieux. On tue souvent un animal.
Intervient après l’idée du repas : on offre une partie de l’animal au dieu, et on en mange une partie : on partage ainsi un repas avec le dieu.
On sacrifie, puis on brûle : la fumée du feu monte ainsi vers les dieux.
            L’idée du sacrifice intervient aussi dans le christianisme : cependant, on ne sacrifie pas l’animal, mais le Christ s’est sacrifié pour sauver les hommes. Et ce qui remémore ce sacrifice, c’est le repas (des apôtres).
La Pâque chrétienne = mort et résurrection du Christ, qui se superpose à la Pâque juive (qui se traduit par le sacrifice d’un agneau). 

samedi 26 mars 2011

Yeelen - Introduction


YEELEN – Souleymane Cissé

Film tourné au Mali.

Film qui donne à voir quelque chose qui nous est étranger, voire quelque chose d’ « exotique ». Pourquoi ?

            - Il présente des lieux, des paysages qui nous sont inconnus.
D’ailleurs, ces lieux jouent un rôle important dans le film, ils sont narrativement utiles (les cases, la source).
            - Il fait référence à la culture africaine, et plus particulièrement au contact entre la culture Bambara et celle des Peuls. Ainsi sont évoqués les traditions, les rites, les croyances « religieuses ». Il y a d’ailleurs des allusions à la mythologie, qui rappelons imprègne les différentes cultures.
            - On est face à un cinéma qui nous déconcerte dans notre position de spectateur (le film est sans doute représentatif d’une façon de faire du cinéma en Afrique, d’une approche particulière du cinéma).
            - On est confronté à une esthétique particulière : le personnage de la mère, mais aussi à un autre usage culturel : filmer le corps de la mère (chose qu’on ne voit pas ou très peu dans le cinéma occidental).

            - Le conflit père/fils est quant à lui une donnée universelle.

Qu’est-ce qu’un mythe ? Une mythologie ?
            Mythe : récit où les personnages humains peuvent être mêlés à des divinités. Il en existe souvent plusieurs versions, avec des invariants (=éléments qui ne changent pas) et des variantes.  Un mythe se transmet par la voie orale, notamment par les griots.
Les mythes sont des histoires pouvant apporter une réponse à des questions d’ordre métaphysique (après la mort qu’y-a-t-il ?) que se pose tel ou tel peuple. Ils peuvent aussi répondre à des questions sur le milieu et la vie des hommes : qu’est-ce qui sépare l’homme de la femme ?  Un mythe renvoie à un temps indéterminé.
            Mythologie : ensemble des mythes propres à un peuple, une civilisation.

Le film traite des liens entre Bambaras et Peuls, qui peuvent être d’hostilité mais aussi d’amitié, voire d’amour (parents de Niankoro).

            Souleymane Cissé :

            Il est né en 1940 à Bamako, Mali. Avant d’être cinéaste, il a exercé différents métiers dont celui de projectionniste. Puis il a entrepris des études de cinéma. Il est ainsi diplômé en 1969, à Moscou (puisque à l’époque l’URSS accueillait beaucoup de personnes venues du Tiers-Monde).  L’essentiel de ses films sont d’inspiration sociale. Il s’agit pour lui de traiter ces questions de façon contemporaine. On peut ainsi noter un aspect presque militant, sauf pour Yeelen, peut être.
            Sa cinématographie est courte : il n’a réalisé que 6 longs métrages :
      - Den Muso (= la jeune fille) - 1975: raconte l’histoire d’une jeune fille violée, et de son rejet par sa propre famille. Ce film ne sera pas projeté lors de sa sortie officielle.
      - Baara (= le travail) – 1978 : le personnage principal devient ouvrier dans une usine qui sera le lieu d’un soulèvement.
     - Finyé (= le vent) – 1982 : raconte les amours impossibles entre la fille d’un gouverneur et un « agriculteur ».
     - Yeelen (= la lumière) – 1987. Il remportera le prix du jury à Cannes.
     - Waati (= le temps) – 1995 : à propos de l’exil d’un personnage féminin. Ici, Cissé évoque la question de la ségrégation raciale.
     - Mim Yé (qu’est-ce que c’est ?) – 2009 : intrigue de boulevard, + peinture sociale, écrit comme un feuilleton télé.

Quand se déroule Yeelen ?
            Il n’y a pas vraiment de réalité historique, l’action ne s’inscrit pas dans l’histoire.

Citation de Cissé : « traiter de la culture africaine, c’est faire en tout état de cause œuvre politique. C’est pour ça que je crois que de tous mes films, c’est celui qui va le plus loin politiquement. »
            C’est une affirmation paradoxale, car Yeelen ne traite pas directement d’une question sociale. Cependant, mettre en avant une identité culturelle, des mythes, c’est faire politique, puisque c’est mettre en avant ce qui a pu être occulté. Il présente quelque chose qui puise aux sources d’une culture.

Autre citation : « Yeelen a été fait en partie contre les films ethnographiques européens. J’ai voulu répondre à un regard extérieur, à un regard de savant et de technicien blanc, à un regard étranger qui avait parfois tendance à prendre les africains pour des objets, pour des animaux que l’on montre dans leurs rites un peu exotiques ».
            « le savant blanc » : Cissé insinue que les africains ne seraient qu’un objet d’étude aux yeux des occidentaux.
≠ Jean Rouch qui a contribué à faire connaître l’Afrique.

Ethnologie : étude des peuples.
Anthropologie : étude des cultures humaines. 

Chapitre A - 3 -G.

             Des mondes en quête de développement
Chapitre A :                                    Unité et diversité des Suds

Comment expliquer les difficultés à définir les Suds ?

         1- Les Suds : une unité liée au sous-développement
                   a- Des économies dépendantes

         Le développement est une notion complexe : il consiste en l'accès au bien-être matériel et moral d'une société dans son ensemble.
Il se manifeste de manière très inégale à l'échelle de la planète.
         Divers indices dont l'IDH, ou l'IPH (indice de pauvreté humaine) publiés par le PNUD font ressortit l'existence de Nords et de Suds. Les Nords sont composés de pays développés à haut niveau de vie (Triade, Australie, Nouvelle-Zélande) mais aussi de l'ex-bloc communiste en reconstruction. L'éventail des Suds, l'ancien tiers-monde est bien plus large, ils sont néanmoins caractérisés par un certain nombre de traits communs qui les différencent clairement des Nords.
         L'unité des Suds tient d'abord de leur retard et de leur dépendance économique. L'agriculture qui occupe souvent la majorité des actifs est globalement peu productive. L'industrie reste largement artisanale, peu mécanisée et peu concentrée. Le secteur tertiaire manque d'efficacité. L'économie informelle est très importante et rassemble les activités de survie (services de rue) sans existence légale. Les secteurs modernes dépendent des investissements et des transferts de technologie venus du Nord.
         La dépendance est aussi commerciale. Les pays du Sud sont menacés par l'instabilité des cours des productions primaires, dans lesquels ils se sont souvent spécialisés. La DIT ne leur est pas favorable, les termes de l'échange ne sont pas avantageux.
         La dépendance est enfin financière. Les pays du Sud doivent souvent emprunter sur les marchés financiers et auprès du FMI. Quant à leur endettement il pèse lourdement sur leurs capacités de développement.

         b- Des sociétés jeunes, pauvres, inégalitaires

         - Les Suds représentent les 3/4 de l'humanité, soit plus de 5 milliards de personnes. Celles-ci présentent des caractéristiques démographiques et sociales proches.  Les Suds possèdent en effet de forts taux d'accroissement naturels, du fait d'une transition démographique inachevée. Les populations comptent en général une très forte population de jeunes.
         -Les Suds sont globalement moins urbanisés que les Nords. Cependant, la croissance urbaine s'accélère du fait d'un très important exode rural. L'urbanisation s'effectue surtout au profit des grandes métropoles. Elle se traduit par d'énormes problèmes d'infrastructures, la multiplication des bidonvilles, l'engorgement des transports (Bombay, Manille, Lagos).
         - Surtout, les pays du Sud sont confrontés à la pauvreté. Le chômage et le sous emploi sont très importants et alimentent une pauvreté de masse. En 2010, 3 milliards de personnes vivent avec moins de 2dollars par jour. Les sociétés sont en outre marquées par l'analphabétisme, le travail des enfants et le statut dévalorisé des femmes.
         - le faible niveau de vie moyen s'accompagne d'inégalités sociales et spatiales. L'essentiel des richesses est concentré dans les mains d'une oligarchie. A petite échelle, certaines régions prospères, urbanisées, industrialisées, sont bien intégrées à l'économie mondiale (Bankock).  D'autres, plus rares, restent marginales, rurales et sous-équipées. A une plus grande échelle, dans les villes des ilots de richesse souvent cadenassés côtoient des quartiers de taudis et de bidonvilles.       

         c- L’insécurité alimentaire, sanitaire et politique

         La pauvreté rend bien évidemment les populations plus démunies et plus vulnérables :
         - environ 1 milliard de personnes souffrent de la sous-nutrition. Cette situation résulté de l’inégale répartition des terres, de l’emploi de techniques rudimentaires, mais aussi de l’envol des prix des denrées alimentaires depuis peu. Les révolutions vertes (Indonésie, Inde) ont toutefois permis une amélioration de la situation. Les famines sont désormais devenues rares et sont généralement liées à des crises politiques.
         - des progrès majeurs ont été effectués en matière de santé. Toutefois les inégalités demeurent évidentes, la mortalité infantile demeure élevée. Le manque de moyens, d’infrastructures de santé, d’eau potable, d’hygiène, fragilisent la situation sanitaire. Presque 20 millions de personnes meurent chaque année de maladies infectieuses (paludisme, sida) notamment en Afrique australe. L’impacte des différents risques naturels (tremblements, raz de marée) y est bien plus grand du fait de la vulnérabilité des populations comme le montrent les effets du tsunami en Asie, en décembre 2004 ou du tremblement de terre en Haïti en 2010.
         - enfin les populations des pays du Sud souffrent de violences extrêmes. La violence endémique en Amérique latine (Colombie), les conflits ethnico-politiques en Afrique (Nord Kivu), la radicalisation dans le monde musulman rendent la vie quotidienne plus précaire. Les états sont généralement corrompus, inefficaces et rarement démocratiques.

2- Diversité des politiques de développement et nouvelles hiérarchies
         a- Des stratégies variées pour un bilan contrasté

         Après l‘émancipation des années 50 et 60, les pays du Tiers-Monde ont mis en place des politiques de développement. Quelques uns ont favorisé l’exploitation de matières premières comme les hydrocarbures (Venezuela, Nigéria) ou l’agriculture d’exportation (café, cacao …). On a ainsi parlé de « miracle ivoirien ». La chute des cours a toutefois révélé la fragilité de ce modèle.
         - la plupart des états ont donné la priorité à l’industrie par un développement concentré en fonction des besoins internes. Ainsi, certains ont choisi un modèle de type socialiste en privilégiant les industries lourdes, dites « industries industrialisantes ». Ils ont été fragilisés par la mondialisation du fait de leur faible compétitivité.
         - à l’inverse, d’autres états comme les NPIA ont adopté une politique de promotion des exportations (Corée du Sud, Taiwan …) misant sur leur main d’œuvre bon marché, ils ont exporté des produits à bas prix. Ils ont ainsi opéré une remontée des filières et se sont alors rapidement intégrés au processus de mondialisation.
        
         Avec le triomphe des conceptions libérales, à partir des années 80, s’imposent des politiques d’ajustement structurels (PAS) : réduction du déficit budgétaire (fin des industries lourdes, réduction drastique de la fonction publique), plus grande ouverture des frontières. Ces politiques permettent la continuation ou la reprise de la croissance de certains pays, grâce à l’arrivée d’IDE, de nouveaux prêts du FMI qui pilote d’ailleurs cette évolution. C’est le cas en Asie du Sud-Est et Orientale (Chine, Inde, Indonésie …) et en Amérique latine (Brésil, Mexique). Elles échouent ailleurs, du moins pour l’instant notamment en Afrique sub-saharienne, faute d’encadrement politique et technique efficace. Au total, l’intégration à la mondialisation a encore accentué les écarts. L’extrême hétérogénéité des situations explique la difficulté à établir une typologie.

         b- Les Suds, des espaces différenciés  

         - Un premier ensemble est formé par la Chine, l’Inde, le Brésil et accessoirement l’Indonésie (BICI).  Ces 4 état-continents en fort développement industriel et technologique font figure de puissance régionale. La Chine et l’Inde se distinguent par leur masse démographique, leur influence géopolitique, et leur rôle désormais incontournable dans la mondialisation. Toutefois, malgré leur croissance, de nombreux critères du sous-développement demeurent notamment dans les zones rurales.
         - Un deuxième ensemble, comparable au premier est constitué par des états de taille plus modeste à l’industrialisation rapide ou avancée. La plupart sont localisés en Asie du Sud-Est (Malaisie, Taiwan, Philippines …) et en Amérique latine (Mexique, Argentine, Chili …) ainsi qu’en Turquie et en Afrique du Sud. Ils sont tous biens intégrés aux flux de biens et de services et se mettent eux-mêmes à investir à l’étranger. La progression spectaculaire de leurs indicateurs sociaux justifie l’appellation de « pays émergents ». Les pétromonarchies du golfe persique peuvent être rangées dans cette catégorie. La rente pétrolière est en effet un peu redistribuée car les populations sont peu nombreuses.
         - Les pays intermédiaires forment le groupe le plus important. Les pays d’Afrique du Nord, du Moyen-Orient, d’Asie Centrale, et d’Amérique andine affichent des performances plus modestes. Leur intégration à l’économie mondiale est incomplète. Les indicatifs sociaux s’améliorent toutefois. Certains sont toutefois pénalisés par leur croissance démographique.
         - Les PMA sont une cinquantaine en grande majorité dans l’Afrique subsaharienne mais aussi en Asie Centrale (Pakistan, Afghanistan). On a longtemps invoqué les causes externes (pillages coloniaux, échanges inégaux …) mais on insiste aujourd’hui sur les causes internes du sous-développement (guerres civiles, corruption généralisée …).  Surtout les PMA restent en marge des flux mondiaux de capitaux et de marchandises. 



            b- Les contrastes régionaux

            Le Brésil est considéré par ses habitants comme une « Belindia », une sorte de juxtaposition de la Belgique et de l’Inde, mais aussi du Far West.
            - Le sud, et surtout le Sudeste constituent le cœur économique du pays. Il a fondé son essor économique sur l’immigration européenne et sur l’exportation du café au début du 20ème siècle. Il concentre aujourd’hui une agriculture et une industrie modernisée et forme la région la région la plus urbanisée du pays. Le centre de commandement est constitué par le triangle Sao Paulo, capitale économique du pays, Rio de Janeiro et Belo Horizonte. Ces métropoles sont parties prenantes de la mondialisation et de l’AMM.
            - Le Nordeste est la zone brésilienne du sous développement. Cet ancien centre historique du Brésil (Salvador, Récif) est marqué par l’héritage de l’esclavage et le déclin de la canne à sucre depuis le 18ème siècle. Les conditions de vie sont particulièrement difficiles dans l’intérieur, notamment dans le Sertan, touché par la sécheresse. Les paysans misérables essaient d’échapper à leur sort par des migrations vers le Sudeste dynamique ou vers les fronts pionniers.
            - Le Centre Ouest (hauts plateaux) et l’Amazonie (le Nord) sont les espaces pionniers. Leur intégration à l’espace national a été encouragée par la création ex-nihilo de la nouvelle capitale : Brasilia (1960). Le centre ouest a connu un développement spectaculaire grâce à l’essor de cultures commerciales, notamment le soja. Il possède actuellement les revenus par habitant les plus élevés du Brésil.
            - Le Nord connait quant à lui un développement plus inégal. Les défrichements ont permis l’installation de paysans sans terres. Toutefois, les atteintes à l’environnement sont très graves. Le Nord reste aujourd’hui encore une région déshéritée, davantage encore que le Nordeste.

            c- Les contrastes urbains : l’exemple carioca

            A une échelle plus fine encore, celle des villes, les inégalités sociales apparaissent de manière plus spectaculaire encore. La « zonation » sociale est très forte. Rio de Janeiro oppose ainsi 3 espaces contrastés :
            - Le Sud de la ville est marqué par la fortune de ses habitants, installés entre front de mer et montagnes, dans des quartiers comme Copacabana ou Ipanema.
            - Le Nord et l’Ouest de sont composés de quartiers populaires intégrés. Ils concentrent des maisons de mauvaise qualité (parfois bâties par les habitants eux-mêmes), des industries et des installations portuaires.
             - Les favelas au flanc des collines qui dominent la ville s’insinuent dans les quartiers privilégiés (Rocinha). Elles sont privées des équipements élémentaires. L’extrême opulence côtoie donc l’opulence des quartiers du littoral.
            La très forte violence urbaine contribue encore davantage à la ségrégation sociale. Elle se traduit par des quartiers fermés, réservés aux élites bourgeoises et aux classes moyennes hautes : les condominios fechados. Les favelas qui accueillent pour l’essentiel des migrants du Nordeste sont livrées à elles-mêmes.

3- Le Brésil, une situation caractéristique d'un développement déséquilibré
         a- Une puissance émergente aux fortes disparités

         Avec presque 200 millions d'habitants, le Brésil possède la 5ème population mondiale. Pour assurer son développement le pays peut compter sur un territoire immense de 8,5 millions de km2 (5ème superficie mondiale) et une nature généreuse. Le pays possède les premières réserves d’eau douce au monde et vient de découvrir de très importants gisements de pétrole. Le Brésil est aussi un géant agricole : il est le 2ème exportateur mondial de produits agricoles : soja, café, jus d’orange.
Sa puissance industrielle s’appuie sur des productions diversifiées. Aussi, le Brésil s’affirme aujourd’hui comme la grande puissance continentale de l’extrême occident (Amérique du Sud), notamment dans le cadre de la lusophonie (ensemble des pays parlant portugais) ou en prenant la tête des pays du Sud dans les critique des échanges agricoles ou de l’unilatéralisme.
Son PIB s’est hissée au 10ème rang mondial, il fait partie des BICI, les grandes puissances en devenir.
         Malgré ce portrait plutôt flatteur, le Brésil continue à être marqué par certaines caractéristiques du sous développement, malgré la politique du président Lula, et le programme de « bolsa familial », 40 millions de brésiliens vivent encore dans la grande pauvreté. L’analphabétisme touche 20 millions de personnes, plus de 2 millions d’enfants vivent dans la rue. Le niveau de violence atteint des seuils pathologiques dans certaines agglomérations. Malgré l’affirmation de la « démocratie raciale », un rapport évident subsiste entre couleur de la peau et niveau de développement.
         Surtout, de très forts contrastes sociaux opposent une minorité de privilégiés (fazendeiros, industriels), les classes moyennes dynamiques et les populations déshéritées. Celles-ci sont composées d’habitants des villes, du secteur informel, de chômeurs et de paysans sans terre : les sem terras. Les 10% des brésiliens les plus riches contrôlent 55% de la richesse nationale, les 10% les plus pauvres, 0,6%.
         Le développement ne profite donc pas à une partie importante de la population. On peut alors parler de développement déséquilibré, ou de mal-développement. Il se manifeste à toutes les échelles. 

jeudi 24 mars 2011

DG - Biographie


Charles de Gaulle – BIOGRAPHIE :

Dates :
Naissance : 22 novembre 1890 à Lille
Mort : 9 novembre 1970 à Colombey-les-Deux-Églises en Haute-Marne

Enfance, famille :

Charles de Gaulle est né à Lille, mais son nom de famille n'est pas d'origine flamande. Il semble plutôt dérivé de l'allemand, plus précisément d'une ancienne forme germanique De Walle ce qui signifierait le "mur d'enceinte" ou le rempart.
           
            Selon certains généalogistes, les de Gaulle seraient une ancienne famille de noblesse d'épée française (d'épée = militaire). Sa famille a une histoire assez "remplie", ainsi son arrière grand-père  Jean-Baptiste de Gaulle (1759-1832), est cité dans les généalogies comme avocat au Parlement de Paris qui comparut devant le Tribunal révolutionnaire pendant la Terreur mais réussit à éviter la guillotine.
            Du côté maternel, la famille est originaire des Flandres françaises. C’est d’ailleurs de ce côté de sa famille qu’il a des ancêtres irlandais : les MacCartan. Quant au grand père de de Gaulle, c’est un industriel Illinois.

            Issu d’une famille catholique, de Gaulle est le troisième enfant d’une fratrie de cinq enfants. Ses parents sont Henri de Gaulle, professeur de lettres, d'histoire et de mathématiques, et de Jeanne Maillot.
Charles de Gaulle a ainsi trois frères : Xavier de Gaulle, Jacques de Gaulle et Pierre de Gaulle, parmi lesquels deux s’engageront dans la résistance et une sœur : Marie-Agnès de Gaulle.

            Sa famille est considérée comme adhérant à des valeurs catholiques libérales, républicaine mais également dreyfusarde.
            L’éducation de Charles de Gaulle est marquée par la religion, ainsi il va à l’école primaire chrétienne de la paroisse Saint-Thomas d’Aquin, puis rejoint les jésuites en Belgique, au collège du Sacré-Cœur. Enfin il entre à l’école militaire Saint Cyr en 1908, après avoir fréquenté les classes préparatoires du collège privé catholique Stanislas à Paris.
Diplômé en 1912, il décide alors de rejoindre l’infanterie et choisit d’être affecté au 33ème régiment d’infanterie à Arras, sous les ordres du colonel Pétain.

Première guerre mondiale :

            En 1913, de Gaulle devient lieutenant, puis est nommé capitaine en janvier 1915. Il sera rapidement blessé au cours de la première guerre mondiale : une première fois au genou lors de son premier combat le 15 aout 1914, une autre fois  à la main gauche, en mars 1915. Par ailleurs, il désobéira aux ordres, en ordonnant de tirer sur les tranchées ennemies, acte qui lui vaudra d’être relevé 8 jours de ses fonctions.

            Cependant, le 2 mars 1916 son régiment est attaqué et presque décimé à Douaumont, près de Verdun. Pour se protéger, il saute dans un trou d’obus, mais est blessé et poursuivi par les allemands, qui le font prisonnier.  Il est transféré au fort d’Ingolstadt d’où il tente de s’échapper cinq fois, sans succès. Il est finalement libéré après l’armistice du 11 novembre. Il reçoit cependant à l’issue de cette guerre la croix de chevalier de la légion d’honneur, le 23 juillet 1919 et la croix de guerre 1914_1918.

Entre deux-guerres :

            Durant cette période, de Gaulle se consacre et continue sa carrière militaire. Il est envoyé en Pologne de 1919 à 1921 et participe à la formation de l’armée polonaise qui se bat contre l’Armée Rouge.
Lorsqu’il revient, il enseigne lors de cours d’histoire à Saint Cyr avant d’être admis à l’école supérieure de guerre en 1922.

            En 1921, il épouse Yvonne Vendroux dont il aura 3 enfants : Philippe, Elizabeth, Anne de Gaulle.
En 1925, il est détaché à l’état major du général Pétain, puis est promu en 1927 chef de bataillon. Il part ensuite pour Trèves où il prend la tête du 19ème bataillon de chasseurs à pieds. En 1929, il est muté à Beyrouth. En 1931, il est affecté au Secrétariat général de la Défense Nationale à Paris. Et en décembre 1933 est promu lieutenant-colonel.
            C’est au cours de ces quelques années que de Gaulle développe ses théories militaires et notamment celle du chef, dans des ouvrages comme  Le fil de l’Épée (1932), Vers l’armée de métier (1934).

            En 1937 il est affecté au 507ème régiment de chars de combat basé à Montigny-lès-Metz. Et promu colonel en décembre de la même année.

Seconde guerre mondiale :

3 jours avant l’offensive allemande du 10 mai 1940 il se voit confier le commandement de la 4ème DCR (division cuirassée) (la plus puissante des unités blindées de l’armée française).  De mi-mai à début juin, il s’attache avec la 4ème DCR à détruire les lignes de communication de l’armée allemande.
Le 6 juin, convoqué à Paris par Paul Reynaud, président du Conseil, il se voit confier la responsabilité d’un poste ministériel : celui de sous-secrétaire d’état à la Guerre et à la Défense nationale.
C’est ainsi qu’il sort de la hiérarchie militaire. Sa mission est de coordonner l’action avec le Royaume-Uni. Trois jours plus tard, il rencontre Churchill pour le convaincre d’engager plus de forces notamment aériennes. Il part en mission en Angleterre le 16 juin et apprend à son retour la démission de Paul Reynaud et son remplacement par le maréchal Pétain, ainsi que la demande d’armistice. De Gaulle est rappelé en France par le nouveau ministre de la Défense nationale, le général Weygand. Face à son refus, il est rétrogradé au rang de colonel, puis condamné à mort par un tribunal militaire.  

Appel du 18 juin 1840 :

Suite à la demande d’armistice, le Général de Gaulle prononce un discours d’adressant au peuple français via Radio Londres le 18 juin 1940. Au cours de celui-ci il invite les français à la résistance. Si le cabinet britannique tenta de s’opposer à cette allocution, Churchill la soutint.
            Par ailleurs, il n’existe aucun enregistrement de cet appel, qu’il ne faut pas confondre avec celui du 22 juin.

A noter qu’on fit modifier les deux premières phrases du discours jugées trop dures envers le gouvernement français.


Suite de la guerre :

            Exilé en Grande Bretagne, de Gaulle n’en reste pas moins actif, ainsi, il crée les Forces Françaises Libres, ou FFL dont le but est de remettre la France dans la guerre contre Hitler. Il dirige ainsi la résistance française tandis que le gouvernement de Vichy le condamne à la prison, puis à la perte de nationalité française, et enfin à la mort.
Lors de cet exode, il bénéficie du soutien de  Wiston Churchill ainsi que du Parlement britannique.
            Au cours de cette période il obtient le ralliement de plusieurs possessions françaises notamment en Afrique. Mais aussi celui de la résistance intérieure, grâce notamment à Jean Moulin.
            En même temps, de Gaulle se préoccupe également de l’avenir de la France de l’après-guerre. C’est ainsi qu’en aout 1940, il obtient de Churchill par l’accord de Chequers la sauvegarde de l’intégrité de toutes les possessions françaises, ainsi que « la restauration intégrale de l’indépendance et de la grandeur de la France. »
            Durant cette période, ses relations avec Churchill sont parfois tendues. Mais elles le sont encore plus avec Franklin Delano Roosevelt, déçu par la défection française.

Libération de la France et de ses colonies

            Malgré le fait qu'il ait été exclu du débarquement américano-britannique par Roosevelt, il parvient à prendre pied à Alger en 1943. 8 jours après le débarquement en Normandie des alliés, de Gaulle revient en France après un long exil et jette les bases d'un gouvernement provisoire dont il entend prendre la tête afin de ramener la France à son rang.

            Dès lors commence la phase qu'il appelle "Le Salut" dans le troisième tome de ses mémoires. Au cours de cette période, il s'emploie à faire bilan des dégâts, mais aussi à libérer totalement le territoire française, restaurer la République, organiser des élections libres et surtout s'attache à redonner son rang à la France. Il multiplie ainsi les réunions avec les grands dirigeants de l'époque, s'employant à les convaincre de la renaissance de la France et de la nécessité de sa présence dans les négociations d'après guerre.

            En juin 1946, lors d'un discours célèbre, de Gaulle fait part de sa vision de l'organisation de l’Etat et le rôle des partis. Celle-ci, en désaccord avec celle de l’Assemblée conduit de Gaulle, alors Président du Gouvernement provisoire, à remettre sa démission (sur la question des crédits militaires) au président de l'Assemblée nationale, Felix Gouin, le 20 janvier 1946.
Après cette démission, il fonde en 1947, le RPF, ou Rassemblement du Peuple Français qui remporte un grand succès lors des éléctions municipales d’automne. Le but est de lutter contre le régime "exclusif" des partis, pour une réforme constitutionnelle, puis contre les "séparatistes", c'est-à-dire les communistes. Par la même occasion il propose la double appartenance : les membres de tous les partis politiques sauf le PCF, pouvaient ainsi rejoindre le RPF. Rapidement cependant, l’unanimité des partis contre lui le contraint à mettre fin aux activités du RPF en 1953.
            Il disparaît ainsi de la scène politique pour quelques années au cours d’une période qu’il appelle lui-même « la traversée du désert ». Il se retire ainsi à Colombey les deux Eglises, et se consacre à l’écriture, notamment celle de ses mémoires. 
            Après 5 ans d’absence, il est rappelé sur la scène politique, du fait de l’insurrection algérienne. Il lui est ainsi demandé par le président René Coty de former un gouvernement. Par la suite, il fait approuver une nouvelle Constitution, le 28 septembre 1958, qui instaure la Vème République. Le 21 décembre, il est élu président de la République. Il amorce alors ce qui lui tient à cœur : à savoir la construction européenne, la question de l’indépendance vis-à-vis des USA mais aussi le sort de l’Algérie.  
            La question de l’Algérie elle la plus pressante. Lors du référendum du 8 janvier 1961, sur le principe de l’autodétermination de Gaulle reçoit un Oui à 75%. Cependant, les négociations sont difficiles à mener, du fait de l’action du FLN, et du putsch des généraux français, le 22 avril 1961. Pourtant, le 22 mars sont signés les accords d’Evian, acceptés par référendum en France et en Algérie qui accède ainsi à l’indépendance.

            Au cours de la même période, une réforme financière est lancée en janvier 1959 (lancement du nouveau franc + abandon des barrières douanières concernant les produits français) afin que la France puisse se moderniser et respecter les engagements qu’elle a pris vis-à-vis de l’Europe concernant le traité de Rome. 

            Après avoir été la cible de l’attentat du Petit-Clamart, le 22 aout 1962, de Gaulle souhaite l’élection au suffrage universel du chef de l’Etat pour assurer à son successeur une légitimité démocratique. Dans le même temps, il poursuit la construction nucléaire française, débutée sous la 4ème république.  Surtout, il entend affirmer son indépendance vis-à-vis des USA ce qu’il manifeste par son retrait progressif de l’OTAN. Il donnera cependant son appui aux américains lors des crises de Berlin. Surtout, il s’applique à renforcer la coopération franco-allemande par le biais du traité de l’Elysée, signé en janvier 1953 et le renforcement de la CEE, dont il refuse l’adhésion à la Grande Bretagne. Il instaure ou plutôt renforce ainsi une politique agricole commune en 1963. Surtout, il est un des facteurs qui freine l'évolution de la CEE, notamment par le refus de l'adhésion de la Grande Bretagne
            Il s’emploie aussi à renforcer la présence de la France dans le monde et multiplie les voyages à l’étranger. S’il se rapproche de l’URSS, lors de la détente, il n’en reste pas moins fidèle aux USA qu’il a été le premier à soutenir lors de la crise des fusées.
En 1965 a lieu l’élection présidentielle au suffrage universel pour la première fois. De Gaulle hésite d’abord à se présenter, puis annonce tardivement sa candidature. Cependant il se ressaisit, fait campagne lors du second tour et reporte les élections face à Mitterrand. Lors de la contestation qui débute en mars 1968, de Gaulle s’éclipse quelques jours. A son retour, il dissout l’Assemblée Nationale, organise de nouvelles législatives, qui ne sauront pas suffisamment re-dynamisé le pouvoir.
            Puis, en avril 1969, le 27 précisément, il organise contre l’avis de son entourage un référendum sur la régionalisation du Sénat. Celui est échec, la proposition est rejetée à 52,4 % des voix. De Gaulle, fidèle à ses engagements démissionne, ainsi à minuit dix un communiquée annonce : « Je cesse d’exercer mes fonctions de Président de la République. Cette décision prend effet aujourd’hui à midi. »
Il se retire une nouvelle fois à Colombey les deux Églises, où il meurt le 9 novembre 1970. Il n’y aura pas d’obsèques nationales, comme stipulé dans son testament, et sera enterré à côté de sa fille, Anne, sans autre inscription sur sa tombe que « Charles de Gaule 1890-1970 ».  

Nous avons évoqué plus haut l'attentat du Petit-Clamart, mais ce n'est pas le seul à avoir été organisé contre le général de Gaulle :
Il y eut aussi celui du : - 8 septembre 1961 : une bombe commandée à distance a été enterrée sur la route de Colombey
                                       - 23 mai 1962 : un tireur devait abattre de Gaulle sur le perron de l'Elysée
                                       - 15 aout 1964 : en visite au Mont Faron, une jarre piégée de pains de TNT n'explosera pas à cause d'un déclencheur trop faible.

DE GAULLE ET LES COMMUNISTES :

            De tempérament, ainsi que de conviction mais aussi du fait de son éducation, le général de Gaulle est profondément anticommuniste. Il exprime cette antipathie d'ailleurs clairement, notamment dans ses mémoires, dans le Salut, page 30, où il dit "que le peuple pour ravi qu'il fut de sa libération (…) ne manquerait pas d'exploiter la démagogie des partis et l'ambition du parti communiste." 
Il prône la normalisation des relations avec ces régimes « transitoires » aux yeux de l'Histoire de façon à jouer le rôle de pivot entre les deux blocs. La reconnaissance de la Chine communiste dès le 27 janvier 1964 va dans ce sens.
            Surtout, au sortir de la guerre, les communistes tirent un grand prestige de l'action de Moscou et de l'URSS grand vainqueur de la guerre. Ainsi, dans le champ politique et idéologique français, dévasté par la débandade de Vichy, seul le communisme ainsi que le mouvement incarné par de Gaulle semblent aptes à redresser les choses, remettre de l'ordre. Il y a un donc une sorte de duel entre de Gaulle et les communistes, pour la maîtrise du pouvoir et de l'opinion.

            La confrontation entre de Gaulle et les communistes commence dans l’entre-deux-guerres du fait du débat concernant la prolongation à deux ans du service militaire. Le PCF est en effet antimitalirisme, et s'en prend alors au colonel de Gaulle.
Par la suite, au printemps 1940, si Vichy ne bénéficie d’aucune indulgence de la part des communistes, de Gaulle est, quant à lui rangé du côté des impérialistes atlantistes. Toutefois, en 1941, Dimitrov et Thorez préconisent à son encontre d'adopter une attitude moins négative à son égard.
            Un changement est cependant amorcé par l'entrée de ministres communistes dans le gouvernement de de Gaulle, dont Maurice Thorez en novembre 1945, après la formation d'un nouveau gouvernement.
De Gaulle, comme les communistes multiplient les piques à l'égard de l'autre, comme notamment lors du discours anti-totalitaire de de Gaulle, le 27 juillet 1947. En réponse à cet affront, mais aussi à l'étonnant succès du RPF, le PCF cherche à démontrer « la soumission complète de de Gaulle au parti américain ».

            Mais malgré cette aversion, tout au long de l'exercice de son pouvoir, de Gaulle a maintenu des relations cordiales avec le patrie mère du communisme, à savoir l'URSS. Ainsi, s'il se montre ferme en ce qui concerne la question de la Pologne avec Staline, il maintient des relations cordiales, et ce même pendant la Guerre Froide où les représentants de chaque pays resteront en contact.

            Enfin, l'histoire a montré que si les communistes ont pu a un certain moment prendre du pouvoir, de Gaulle a en quelque sorte fini par triomphé. La chute de l'URSS a en effet pour longtemps discrédité le communisme auprès des opinions publiques.

OEUVRES DE DE GAULLE :

            Au cours de sa vie, et notamment lors de la "traversée du désert", de Gaulle a beaucoup écrit.
Il aurait écrit son premier livre, qui s'intitule Une mauvaise rencontre à 15 ans, puis aurait écrit régulièrement jusqu'à sa mort.
On peut ainsi citer : 
            - La défaite, question morale : 1927-1928
            - Le fil de l'Épée : paru en 1932
            - Vers l'armée de métier : paru en 1934
            - La France et son Armée : paru en 1938

Deux séries de mémoires :
            - Les mémoires de guerre comportant 3 tomes parus respectivement en 1954, 1956, 1959.
            - Les mémoires d'espoir en 2 volumes :
                                   - Le Renouveau : 1970
                                   - L'effort - 1971 inachevé ?

De nombreux carnets et lettres sont également parus après sa mort.

De Gaulle fut aussi l'objet de nombreux ouvrages, aujourd'hui encore, des personnes qui adhèrent à ses idées, mais aussi de la part de ses détracteurs.

Parmi les plus connus, on peut citer Jean Lacouture et son livre De Gaulle, composé de trois tomes : Le Rebelle, le Politique, et le Souverain. Jean Lacouture est en effet partisan de gauche, et fortement opposé à la politique et aux idées de De Gaulle.

Parmi les plus récents, on peut citer celui de Pierre Abramovici, Le putsch des généraux sorti en mars 2011 qui insinue que le général de Gaulle aurait lui-même commandité le putsch des généraux en Algérie.