mardi 14 décembre 2010

Autrui - P.

Autrui 
Est-ce dans ce sentiment de l'altérité que nous trouvons la vérité du rapport à autrui ?  
        1- Sentiments : la pitié (Rousseau)
        2- Raison : le respect (Kant)
        3- Conscience : le désir (Hegel)

       Notre mythe, une invitation à la sagesse par rejet de la vanité, c'est-à-dire de l'attachement au regard d'autrui (ne pas vivre dans le regard d'autrui). Autrui, c'est l'autre que voici (le vis-à-vis). Autrui est un fait et une rencontre qui combine identité et différence. Pourquoi ? D'une part, il est un autre moi, et mon "semblable". D'autre part, il est l'autre que moi. 
        D'une part, l'identité, c'est-à-dire l'unité générique. D'autre part, la différence, c'est-à-dire la diversité du particulier, de l'individuel. Au premier abord, l'identité parle à notre raison et la différence à une autre faculté qui se charge de sentir. 
        Malebranche : "Tous les hommes voient que deux et deux font quatre, mais nul ne peut sentir ma douleur". La sphère de l'affectivité serait celle qui abrite l'altérité, autrui éprouve et vit quelque chose et je le connais négativement. C'est ce que je ne peux pas sentir à sa place. Voila donc la pierre de touche pour reconnaître l'altérité. Confronté à autrui, et à sa souffrance, ou à sa joie, je sais savoir ce que. Je sais qu'il est autre. Ce sentiment de l'altérité contient-il la vérité du rapport à autrui ? 

        1- Sentiment

        La première relation à autrui c'est notre aversion pour le spectacle de sa souffrance, son malheur, etc … D'où la possibilité d'un système qui explique les conduites humaines fondamentale grâce à une dualité = deux forces qui nous font agir. Voir Rousseau, discours sur l'origine de l'inégalité. Un principe qui attache tout être vivant à sa propre conservation et à son bien être = l'amour de soi. Puis, un second principe, négatif avant tout qui nous détourne de tout attrait, toute attirance pour la souffrance d'autrui (en général des autres êtres vivants) à condition qu'ils puissent sentir, c'est-à-dire qu'ils soient doués de sensibilité. 

L'amour de soi, passion primitive 
        En quoi l'amour de soi est-il la passion primitive ? 
L'amour de soi ne fait qu'un avec la totalité de notre vie. C'est un principe d'auto conservation proprement inextirpable. C'est le second principe vital, il redouble le principe biologique, il en propose le retentissement effectif. Nous sommes en vie et nous y tenons. Rousseau ose une opération réductrice : toutes les passions se réduisent par dérivation à l'amour de soi. 
        par ex : amour et haine, désir et aversion, espoir et désespoir …
Ce principe demeure identique, dans le temps et dans l'espace. L'histoire n'y change rien, la décadence ne peut pas l'altérer. De même, sur le plan géographique, les variations climatiques n'y changent rien, tous les êtres humaines sont dignes du même respect, puisque tous tiennent à leur propre vie (tous connaissent la crainte de la mort, le désespoir …) 
       Paragraphe 2 : Cette racine de toutes les passions n'est jamais perverse, mais une modification, une application peut être pervertie.
        par ex : un citoyen, un peuple veut son propre bien mais ne le voit pas toujours. (Voir le Contrat Social p63). 
Tout commence par la sincérité, mais tout demeure exposé à des déviations, à la duplicité, à l'hypocrisie etc … Et parfois, à la mauvaise foi intime. L'intérêt est toujours le mobile, le principe n'est pas dégradant ou immoral, il est même légitime. Le tout est de veiller à sa santé. 
        L'amour de soi est avant tout une préférence qui ne se traduit pas par une comparaison = un commencement d'amour propre. Par nature, chacun travaille à son bonheur = personne n'est porté à se sacrifier. Rousseau dit : cette préférence est légitime. 

L'amour de soi est bon 
       Un enfant est un être chez qui les dispositions se forment, se développent etc … On voit en action l'amour de soi qui cherche ses applications (il s'attache ou se détache). D'où une distinction entre amour de soi et amour propre. Le premier est toujours bon dans son principe, le second est au moins ambigu. 
        a- sens étendu = attachement à soi-même = amour de soi
        b- sens étroit = débordement de l'amour de soi, dépassement des limites jusqu'à une situation incontrôlable qui annonce des conflits sans fin. D'où un impératif éducatif élémentaire : l'enfant doit commencer par lui-même, c'est-à-dire par son existence spécifique et solitaire et son souci de l'opinion, de la considération etc … Il s'agit de donner le goût de l'authenticité.  

L'amour des hommes dérive de l'amour de soi
        Le fondement évangélique de l'amour étendu à l'humanité toute entière. 
Rousseau : le fondement est avant tout affectif, c'est-à-dire il est difficile de raisonner sur ce point, ou alors le risque est considérable : nous voyons apparaître des exceptions. Deux objections : 
        a- Une identification trop facile (voir le précepte "ne fais pas à autrui ce que tu ne veux pas qu'il te fasse".) Dans certains cas, c'est la place d'autrui qui ne sera pas la mienne. 
        b- La question de la réciprocité. 
Voir la référence implicite au proverbe médiéval :
"Oignez vilain, il vous poindra,
Poignez vilan, il vous oindra". Si l'on est généreux avec un rustre, on s'expose à passer pour un naïf = on excite le cynisme et la bassesse. Si, en revanche on se fait craindre, on obtient une certaine soumission (qui n'est pas respect) mais pur rapport de force. 
        désabusé : qui a perdu ses illusions.
        Moralité : Rousseau est très désabusé, il sait que notre société cultive les apparences et les faux semblants. La générosité fait l'affaire du méchant. 

        Rêveries d'un promeneur solitaire.
L'amour de soi ne connait pas de limites dans la légitimité = quand son principe est bon et demeure inaltéré, il peut souhaiter une extension totale. 
        a- j'aime l'univers tout entier
        b- je veux que dans cet univers chaque élément puisse s'aimer et tout aimer. 
Une suggestion : j'aime autrui parce que sa souffrance me fait souffrir. Voir l'idée d'identification c'est-à-dire autrui est avant tout un autre moi = un autre comme moi. 
       L'intérêt est un mobile noble. Source stoïcienne : tout être vivant est accordé à lui-même. Sa vie biologique est une harmonie = il veut son propre bien, il agit spontanément dans ce sens, par exemple il fait le danger et il se préfère à tout autre. 
        NB : cette idée n'est pas incompatible avec l'idée d'un amour étendu à l'univers tout entier. Pourquoi ? Le tout produit ces éléments pour qu'ils se développent = qu'ils participent au bien collectif. 
       CONCLUSION : il existe une justice spontanée. Voir avant dernier texte. 
L'évangile, la bonne parole, le droit naturel est une réalité et non une illusion propre aux nostalgiques ou aux rêveurs qui alimentent la chimère d'un paradis perdu. 
Selon Rousseau, le droit naturel c'est un système formé par deux principes : l'amour de soi et la pitié. La justice nous apparait comme une affaire non pas de raison, mais de sentiment. Le sentiment est plus sûr que la raison : la nature a bien fait de ne pas utiliser la raison avant une certaine phase. La raison n'est pas spontanée et elle reste infaillible. En revanche, l'amour de soi est l'aspect le plus spontané de l'homme et jamais il ne disparait complètement. Voir texte 2. 

Amour de soi et amour propre.
  relatif ≠ absolu 
absolu : qui n'est pas assujetti au reste (absoltum = indépendant)

        Amour de soi : sentiment naturel, c'est-à-dire fondé = qui a sa raison d'être mais aussi sentiment "absolu" c'est-à-dire liberté de toute relation (à autrui).
Ce même sentiment exclut tout élément factice c'est-à-dire fabriqué, artificiel et suspect (ce que l'homme ajoute à la nature mais sans justification).
faire cas de cas : accorder de la considération à .
CONCLUSION sur ce texte : l'état de nature porte les hommes à la dispersion c'est-à-dire une existence épars obtenue par essaimage. Le principe est toujours l'amour de soi, les hommes n'ont pas l'occasion de se comparer (l'amour propre n'est pas encore entré en vigueur) et du coup, cet état (de nature) bénéficie d'une santé remarquable. L'amour de soi n'est pas encore un sentiment moral. Il baigne dans l'animalité, c'est-à-dire dans l'anormalité (ni bien ni mal).

La sensibilité 
Deux sensibilités : 
        1- "Le principe de toute action" : Voir le plaisir et la douleur, c'est-à-dire ce sui suscite des réactions immédiates.
        2- "sensibilité active et morale" : elle n'est pas d'ordre réflexe (=passive) elle dispose à l'action prise au sens étroit  c'est-à-dire une conduite consciente et moralement qualifiable (jugeable). 
Cette seconde espèce pose le problème d'autrui : je suis porté à me risquer dans l'espace d'un étranger, je risque l'hostilité, je me hasarde dans l'inconnu. 
Bref : je procède à une rupture (avec l'identité). 
La loi de cette sensibilité évoque le principe d'attraction magnétique = la version moderne de l'action à distance élaborée par Newtown (fin 17ème-début 18ème). 
        NB : milieu 18ème : deux projets radicaux pour établir une relation entre la physique (les corps inanimés) et le monde des moeurs? :
        a- Montesquieu : De l'esprit des lois (1748). Son idée : des lois exprimeraient la nécessité attractives et répulsives. 
étude d'une micro société (La nouvelle Héloïse)
        b- Rousseau : découvrir des relations affectives (amour, désir, sympathie etc …) et en déduire des institutions.
Discours sur l'origine de l'inégalité et surtout Du contrat social

La sensibilité 2- se partage par dichotomie en deux espèces : 
        a- Action positive ou attirante c'est-à-dire amour de soi à l'état pur, c'est-à-dire non dégradé en amour propre (voir texte 3) 
        b- Action négative ou repoussante c'est-à-dire révulsante, répulsive. Une attitude qui n'est pas originaire ou naturelle. Elle vient de la comparaison (avec autrui) c'est-à-dire de la réflexion (tardive). Il s'agit de réduire l'être d'autrui par exemple par une action destructrice ou par un exercice injuste du pouvoir. 
        L'amour de soi dans sa forme naturelle, c'est la forme saine qui ne soupçonne pas l'infériorité de la partie au sein du Tout. Mais, la forme pathologique, bien qu'inévitable = forme b- apparait dans la simple comparaison, c'est-à-dire la prise de conscience d'une limitation. La forme a- est une douce inconscience (de la limite du moi). Et du coup, l'homme devient un animal dépravé c'est-à-dire il échappe à la régulation naturelle. 
       CONCLUSION : chacun connait à tel ou tel moment un conflit entre désir et aversion, sympathie et antipathie etc … Il est impossible d'être tout l'un ou tout l'autre. Mais chacun traverse une ou plusieurs phases de conflit intérieur, c'est-à-dire de conciliation impossible. 

Les trois états 
        Paragraphe 1 :
Un contexte dualiste = l'âme et le corps avec une bipolarisation. L'âme suscite "l'amour de l'ordre" = une aspiration à ce qui dépasse le temps, l'immuable. Le corps regarde du côté du devenir "l'appétit des sens", c'est-à-dire le cycle du désir vu comme un manque appelant sa satisfaction, sa réplétion. Bref, le devenir par opposition à l'immuable. 
        L'âme s'oriente vers la conscience qui est perception de certains rapports, donc comparaison. Deux possibilités : 
        a- un homme qui connait une existence absolue. Il ne compare pas = il n'éveille pas sa conscience. Donc, la notion d'ordre et les Lumières. 
        b- L'homme qui commence à réfléchir, c'est-à-dire à se situer. Il découvre l'identité et la différence c'est-à-dire ce qui peut se combiner dans un ordre.
CONCLUSION du paragraphe 1 : L'état de nature est incompatible avec le développement des facultés d'où l'hégémonie de l'instinct, c'est-à-dire l'activité automatique qui réduit l'homme à l'animalité. La nullité, c'est l'irresponsabilité (morale et juridique). On ne peut pas juger un homme qui ne connait que l'instinct. Tout cela constitue l'état de nature.

        Paragraphe 2 : 2ème étape : la société commencée. Les hommes sont sortis de l'état de nature, du coup il se sont regroupés, c'est-à-dire ils forment des sociétés rudimentaires. Alors apparait la qualification morale, c'est-à-dire la distinction des actions belles, nobles etc … et des délits, des crimes.
Du coup, autrui devient le révélateur moral par excellence. C'est un état intermédiaire entre la pure nature, et la société avancée ou confirmée. L'homme prend conscience de la dépendance mutuelle c'est-à-dire du mal nécessaire. Les vices qui sont apparus ne sont pas installés de façon chronique, c'est-à-dire ne sont pas enracinés ou invétérés. 

        3ème étape : c'est l'ultime étape de l'amour de soi exposé à la dégradation. Il devient amour propre, c'est-à-dire préférence active du moi à autrui. La fermentation figure ici la dénaturation de ce qui était sain. Tout vire au pathologique et bientôt au maladif sinon au morbide. L'amour propre détruit l'existence absolue c'est-à-dire auto suffisante. L'individu ne peut plus se satisfaire de sa seule existence, il a besoin de tout et de tout le monde pour jouir de sa vanité ("l'univers entier"). Du coup, les particuliers deviennent des concurrents. 
       La conscience disparait. Il s'agit de l'aptitude morale qui juge du bien et du mal et cela de façon immédiate, sans calcul, sans intervention de la raison.  (Voir Rousseau, L'Emile : "conscience, conscience, instinct divin ! Immortelle et céleste voix ! …") Et alors la conscience devient un prétexte fallacieux pour détourner les soupçons (à commencer par les exigences du for intérieur). La conscience devient une bonne raison de se mentir à soi-même et de se justifier. Voir Toltsoï - Guerre et Paix : "La tranquillité est une malhonnêteté de l'âme". L'apparence la plus destructrice est alors la simulation, la "feinte" qui permet de faire illusion sur les intérêts privés. On fait croire qu'on les réduit au moment même ou on les étend = tous se disent bon citoyens c'est-à-dire capables de civisme alors que tous privilégient l'espace privé = ce dont ils vont jouir au point d'en priver tous les autres. 
"Il ne suffit pas d'être heureux, encore faut-il que les autres ne le soient pas". Jules Renard.
Le faux citoyen est celui qui réduit l'élément collectif, le "bon public" à un accord avec son intérêt privé. Le faux civisme, c'est la destruction du tout. 
Simoniaque : quelqu'un qui se sert de la religion, de la piété pour s'enrichir. 
La pitié : 
        Il existe une vertu naturelle, c'est la pitié, c'est-à-dire une sorte d'instinct de conservation qui joue son rôle au niveau de l'espèce. 
Voir le cas extrême de Mandeville : La fable des abeilles (vices privés, vertus politiques) : Les hommes ne connaissent qu'un mobile, l'intérêt égoïste souvent très bas et immédiat (sur le modèle animal). La société harmonise ces intérêts = elle les rend conciliables. 
        par exemple : la passion du profit égoïste devient émulation et concurrence. 
D'où certaines performances isolées et un optimum social qui profite à tous. Nous sommes tous égoïstes mais la pitié contient nos élans. Rousseau n'est pas Mandeville mais il constate une convergence minimale : même dans un tableau ou contexte cynique, la pitié reste irréductible. L'homme n'est pas porté à voir souffrir autrui. 
        Une preuve irréfutable au rapport de nombreux animaux à la mort, une sorte de prémonition qui dépasse le simple amour de soi et qui traduit une conscience rudimentaire, réduite aux sentiments mais révélatrice de l'attachement spécifique (l'espèce acceptant à regret sa condition). 
       L'immédiateté de la pitié s'éprouve dans les pleurs et les larmes c'est-à-dure une manifestation instinctive de porte très générale inspirée par la souffrance du vivant (une disposition + naturelle que toute identification, une réaction presque épidermique).


        La pitié est une disposition limitative. Elle modère, c'est-à-dire elle contient le mouvement expansif de l'amour de soi., elle lui fixe des limites en vue de la "conservation mutuelle de toute l'espèce". C'est un mottante naturel et spontané qui dispose chacun dans son rapport naturel à autrui. Le pitié détermine une norme = elle permettra de distinguer entre normal et anormal (pathologique). Une pitié qui joue son rôle préserve l'amour de soi = forme saine. Une pitié défaillante conduit l'amour de soi à sa perte = l'amour propre. 
        "Nos plus sublimes vertus sont négatives". Rousseau. C'est-à-dire, vouloir faire le bien, c'est prendre un risque considérable, par exemple décider à la place d'autrui parce qu'on saurait mieux que lui ce qui est bon pour nous. L'humilité est plus efficace. Eviter de faire du mal, ne pas présumer de ses forces, ne pas se surestimer. D'où la distinction entre une esquisse naturelle de justice, une bonté spontanée (nuire le moins possible) et la justice raisonnée, c'est-à-dire ce qui suppose le calcul en fonction de 2 intérêts, celui de l'autre, et le mien propre. 
Voir la Règle d'Or : "fais à autrui comme tu veux qu'on te fasse". 

        Deux rapports à autrui qui se révèlent parfaits :
a- dans l'état de nature, la pitié limitant l'amour de soi.
b- dans l'état civil (du contrat social), la volonté générale qui limite la volonté particulière (volonté = rationalisme du désir).
Si les hommes pouvaient être sages par nature, c'est-à-dire dès la naissance ils seraient déjà capables de volonté = mouvement rationnel.
La pitié nous attache aux hommes :
        La pitié est commandée par la perception d'une fragilité, d'un manque, d'une dépendance. L'autosuffisance ne nous donne pas l'idée d'un secours à porter. Elle ne suscite pas de sympathie, de compassion (souffrir avec).
Voir le cas extrême, la représentation limitée mais suffisante de l'être parfait : Dieu. Dire que l'homme aime Dieu, ce n'est pas dire qu'il va l'aider, c'est un attachement, une dépendance, une fidélité … Le rapport de la créature à son créateur : la dette.
        Paragraphe 2 : 
Le rapport à autrui suppose des épreuves, des frustrations, des malheurs, il ne repose pas sur le besoin (qui disperse les hommes). Il suppose l'affection, la passion, le sentiment. 
Voir Essai sur l'origine des langues : les premiers mots ne furent pas "aidez moi", mais "aimez moi". Le besoin nous rapporte à des choses, c'est la passion qui nous rapporte à notre semblable. 

        Critique : description anthropologique, c'est-à-dire qui considère l'homme dans ses dispositions constitutives : un ensemble de montage naturel, au service d'une forme de vie et un ordre, une organisation qui doit se perpétuer, se reproduire sans variation. La pitié s'explique par un processus affectif, ce n'est pas une affaire d'intérêt au sens étroit, c'est-à-dire calculable. Rousseau veut dissocier intérêt et affection.
Voir le dernier texte, paragraphe 2 : "si nos besoins …"
       Mais cette distinction n'est pas établie, c'est-à-dire l'affection recouvre encore un intérêt. Par exemple, voir souffrir autrui nous fait souffrir. L'intérêt affectif n'est pas quantifiable, calculable … mais il est puissant, il agit sur nous. Or, il est aussi fluctuant et incertain et sujet à des pathologies. Voir tous les risques de la perversion de l'intérêt et de sa perception par le sujet. Rousseau en reste à une vision empirique et raisonnée, c'est-à-dire il ne distingue pas vraiment de l'animal. L'élément le plus humain, c'est la perfectibilité et non la pitié. 

        2- Le rapport à autrui dans et par la raison

Texte de Kant : 
        Le respect dune certaine distance (respicere), le regard qui conserve un certain recul et qui refuse une proximité facile ou parfois méprisante. 
Le respect exclut les "choses" c'est-à-dire ce qui n'a pas en soi la raison. Le respect est le sentiment qu'une raison porte à une autre raison. Toute personne participe d'une seule et même raison universelle. C'est notre rang dans l'humanité, notre statut, notre dignité. La raison ne fait qu'un avec la liberté, et la liberté ne nous soumet à rien. Donc, elle constitue l'autorité suprême, c'est-à-dire on ne peut pas la subordonner, la dégrader. 
        Voir 3 distinctions : 
     - respect n'est pas inclination, c'est-à-dire petite faiblesse, une préférence qui s'explique par un fait subjectif, donc contingent. Par exemple, je préfère cet animal à tous les autres, c'est une inclination, mais ce sentiment ne peut être universalisé. Il dépend d'une situation personnelle.
     - le respect n'est pas l'amour, c'est-à-dire une dépendance qui peut conduire à la soumission et même au sacrifice de soi. Le respect n'est jamais le renoncement à soi même.

- le respect n'est pas l'admiration malgré des affinités évidentes. Nous admirons le plus souvent des objets d'étonnement. Ce qui n'étonne pas, c'est ce qui va de soi, ce qui n'arrête pas. Ce qui étonne pose une question, et surtout c'est ce qui nous sort de l'expérience commune (vie quotidienne). 
Par exemple, la confrontation avec des expériences dont les échelles dépassent et les limites sont ordinaires. Voir le sublime : "ce qui est grand absolument" (c'est-à-dire, sans être une grandeur = une valeur mesurable.)
        Kant distingue : 
  a- Le sublime mathématique
  b- Le sublime dynamique

a- L'infini dans la synthèse de l'homogène = le nombre. 
        ex : la voûte étoilée ou des chaines montagneuses, ou les pyramides d'Egypte, etc …
b-L'infini dans la synthèse de l'hétérogène (c'est-à-dire de la relation entre cause et effet). C'est le sublime de la puissance.
        ex : les séismes, ouragans, etc … grands phénomènes cosmiques.
L'homme se sent tout "petit" mais il entrevoit sa vraie grandeur. Celle de sa liberté qui le singularise au sein d'une nature peut-être indifférente à sa vie. 
        L'admiration est proche du respect. Elle dispose à ce sentiment, par exemple : admirer des spectacles de la nature et les préférer à des produits sophistiqués de l'art humain : bijoux, ornements etc … C'est se purifier et aller à l'essentiel. L'homme est avant tout liberté, c'est-à-dire responsabilité. 
       " Il n'y a rien de plus vénérable que de sortir d'un musée pour aller admirer les libres beautés de la nature". Kant.

       Problème : le respect est toujours extérieur à ces sentiments bloqués et cela même quand quelqu'un les cumule. Le respect suppose un autre regard, c'est-à-dire la considération de l'intériorité. Respecter, c'est juger digne, et cela suppose un lieu où l'on peut juger = le for intérieur. 
        Fontenelle : les conventions, les convenances nous imposent des conduites purement extérieures ( voir Pascal, "les respects d'établissement", c'est-à-dire les cérémonies). Le jugement moral met en jeu la considération de la valeur humaine c'est-à-dire de ce qui suscite l'estime (pas de coubette pour cela). 
        On distingue deux cas
   1- (Fontenelle) : je rencontre un "supérieur", mais il ne m'inspire aucune estime (le respect ne se commande pas).
   2- Je rencontre un homme de moindre statut social mais je perçois en lui une honnêteté, une probité que je ne peux pas m'attribuer. Du coup, je lui dois le respect, même s'il n'est qu'intérieur, c'est-à-dire même si je me redresse physiquement. 
        L'exemple du pauvre qui résiste à toutes les tentations d'appropriation illégitimes (vol etc …) Ce n'est pas un exemple au sens empirique (beispiel), c'est-à-dire un cas parmi d'autres, c'est l'exemple au sensationnel, le modèle : exempel.
Il s'agit d'une loi, c'est l'impératif catégorique c'est-à-dire l'exigence d'universalité et il agit sur ma sensibilité par une sorte d'humiliation. Je présumais de mes forces, mais je dois en rabattre, c'est-à-dire faire mon auto-critique, et fixer mes limites réelles. Le piège qu'il faut dénoncer, c'est l'hypocrisie intime, la mauvaise foi dans le rapport à soi-même = le pharisaïsme, c'est-à-dire une grande facilité à prêcher des grands principes (la pureté de l'intention) tout en s'abstenant de la pratique. 
        Le respect suppose le mérite et un certain prix à payer. Le mérite suppose un effort, un travail sur soi-même (qui va parfois jusqu'à la violence). Il faut toujours dans une situation la description de la vertu. Voir un individu qui manque de tout et qui subit toutes les tentations. S'il travaille avec acharnement, il admire et on lui prête du mérite = il pouvait voter, mais il s'en est abstenu. Supposons la situation contraire = le vice. Un individu possède tout (le nécessaire) et devrait ignorer toutes les tentations. Néanmoins, il perpètre des méfaits et des crimes (pour le plaisir). On ne parlera pas d'un effort qu'il avait fait sur lui-même. On ne pourra pas admirer un certain renoncement ou une humilité qui tiendrait à l'abandon d'une certaine condition. 
       Conclusion sur ce point : aucune symétrie entre la disposition au bien et l'attrait du mal. Le bien nous vaut un mérite = le prix d'un effort sur soi. Le mal ne suppose pas d'effort sur soi mais plutôt une faiblesse face à la frustration. Une certaine inconsistance. Dans tous les cas, aucun travail sur soi. Il n'y a pas de mal absolu, c'est-à-dire voulu en tant que mal. Le mal est radical, c'est-à-dire il affecte la racine de l'homme : c'est l'égoïsme. (chacun est porté à se privilégier, plutôt que la loi morale). Mais le mal radical n'est pas total. Une partie de l'homme demeure libre et peut lutter. 

        Second paragraphe : 
       Le respect entre le plaisir et la peine. Le respect ne donne pas de plaisir. Du moins ans la vie (une lecture de roman ou de théâtre nous confronte à un cas de fiction, ce qui est très différent). Pourquoi ? Le respect nous montre l'autre homme comme moins limité que nous même. Donc, l'autre est capable d'une force, d'une énergie, d'une résistance à la facilité etc … que nous ne connaissons pas dans notre propre conduite. Nous trouvons alors une parade au double sens du terme :
        1- pour un coup
        2- parader, c'est-à-dire affecter une beauté, un éclat, une force qui vise à donner le change, à faire illusion. 

Les morts ont droit eux aussi à ce traitement, à chaque fois qu'ils laissent un "exemple" de vertu, une grande figure qui en impose, suscite le soupçon. Nous lui prêtons des défauts cachés, c'est-à-dire des mobiles qui expliquent un apparent désintéressement (ou une volonté de sacrifice). Le cas le plus radical se trouve dans la chose même = la loi morale qui nous apparait comme la divinité, dans sa "majesté solennelle". Un lieu commun, destructeur, veut la réduire à un intérêt peu glorieux mais réel et rusé. Nous aurions baptisé "loi morale" ce qui n'est qu'un penchant familier.
       par ex : faire du bien (autour de soi) parce que cette activité fait du bien (à l'agent lui-même) = je suis généreux par plaisir. 
Conclusion : il n'y a aucun mérite. 
        L'utilitarisme est la doctrine qui tire parti de cette idée. Le bien public résulterait de "l'intérêt personnel" bien compris. 
Voir, fin 17ème Locke = les fondements d'un système qui ne serait plus féodal (voir déjà milieu 17ème Hobbes). Chacun pourrait enfin jouir des fruits de son travail, er du coup, nous serions entrés dans un monde nouveau, avec deux exigences :
        a- L'illimité 
        b- La compatibilité spontanée d'où un système qui culminera au 20ème siècle, dans les notions d'autorégulation + optimum concurrentiel. 
       Mandeville : début 18ème : La fable des abeilles, ou Vices privés, bénéfices publics. (1712).
       Bentham : la notion d'intérêt, c'est-à-dire de profit qui devient le ressort d'une conduite, comme une manière d'être.
        Mill : début 19ème : l'utilitarisme :toute société est une juxtaposition d'individus. 
Problème : comment peuvent-ils communiquer et s'entendre ? c'est-à-dire comment transformer une collection, une somme en un Tout, c'est-à-dire un être indivisible et solidaire de lui-même. 
Réponse : l'intérêt se prête à une compréhension politique parce qu'économique. Toute société repose sur la satisfaction des besoins, donc sur l'intérêt collectif, c'est-à-dire le noyau commun à tous. Cet intérêt est de produire pour consommer. 

        Le second aspect "affectif" du respect est plus révélateur que le premier. Nous savons que le respect ne donne pas de plaisir. Mais il serait absurde de le réduire à une peine. Pourquoi ? Il commence par nous humilier, mais il se mue en une sorte de satisfaction étrangère au plaisir, mais proche de la joie. La raison d'un individu se reconnait alors dans la raison universelle. Et cela jusqu'à une relative sainteté, c'est-à-dire une pureté absolue (celle du désintéressement). 
Ce caractère sacré ne fait qu'un avec une évidente sainteté :
        - sacré : ce à quoi on n'a pas le droit de toucher
        - saint = qui ne supporte pas de mélange
C'est l'extrême pureté, par exemple le refus des compromis. Le respect nous prépare à une conduite quasi religieuse = obéissance inconditionnelle à la loi et reconnaissance d'un absolu. Ce qui paraissait effrayant se révèle accueillant. 
Application généralisée : seul le désintéressement suscite le respect. Ne pas confondre désintérêt et désintéressement.
        - désintérêt = indifférence à l'égard d'une cause : "cela ne me touche pas".
        - désintéressement = rejet du profit et surtout de l'argent. D'où une conduite de pureté morale = dévouement et même dévotion. 
Le désintérêt est le plus souvent le pire ennemi du désintéressement. 
       par ex : on ne ressent pas le moindre attrait pour l'étude, la connaissance …. et on se tournera vers le profit, c'est-à-dire une activité lucrative. Réciproquement, le désintéressement permet de réduire le désintérêt,
        par ex : le mépris pour l'argent donne une sensibilité aux problèmes de monde actuel. Il réduit l'indifférence et il recentre une conduite sur l'engagement (politique).

        Exemple : un artiste, un savant, ou quelqu'un qui laisse une oeuvre. On peut l'admirer et en tirer du respect. Mais, pour quelle raison précise ? Il serait absurde d'admirer ce qui n'a rien couté, c'est-à-dire l'élément spontané, "naturel" ("talent ou autre"). Il reste un respect légitime et justifié pour ce qui suppose un effort, un travail, et parfois, une privation, une violence, un refus de toute facilité. 
L'oeuvre qu'on respecte, c'est presque toujours l'exemple que laisse l'artiste c'est-à-dire son oeuvre véritable, c'est aussi lui-même, la figure qu'il laisse, les idées qu'il donne. Bref, une conduite exemplaire au double sens :
        a- qui sert de modèle
        b- qui ne peut être proposée qu'une fois (faute de quoi une imitation serait singerie).


Texte de Kant : 
difficulté : que faire d'un sentiment répandu : l'amour ? Il parait plus puissant que respect. Il semble déchainer l'affectivité jusqu'à la passion (le respect ne conduit pas à la passion). 
        NB : passion : forme de passivité qui altère la liberté du sujet. Kant dit "maladie de l'âme". 
        - émotion = accès soudain et bref, comme une marée qui brise une digue
        - passion : comme une rivière qui creuse son lit sur une longue durée 
                ex : l'avare, Harpagon.
On considérera deux exemples de bienfaisance spontané : 
       a- le philanthrope (qui aime le genre humain) 
        b- la personnalité politique qui ne vise qu'au bien public. 
                ex : Périclès (5ème av. JC). 
On fait le bien conformément à la loi morale, mais cette conformité est un simple accord, c'est-à-dire un rapport extérieur, agir par devoir, c'est agir par pur respect pour la loi. D'où, le rejet des inclinations au profit du respect. 
Un troisième type humain est distingué, c'est le sujet qui agit "par devoir", c'est-à-dire sous la détermination de l'impératif catégorique (l'exigence d'universalité). 
        NB : nous en sommes à l'insensibilité, c'est-à-dire l'indifférence au malehur d'autrui. Ce cas est celui d'un homme qui n'est pas mauvais, qui peut même percevoir le bien par le biais de l'idée de bonheur, mais qui agit par devoir, c'est-à-dire par pur respect. 
       par ex : un philanthrope est encore poussé par un intérêt = le plaisir de donner. 
Le pur vertueux ignore l'intérêt, c'est-à-dire ne connait que la loi. 
Radicalisation de l'argument : supposons un homme quasi incapable de sympathie (peut être à cause d'une certaine dureté que la vie lui aurait imposé à son propre égard). Il sera le contraire d'un philanthrope, ou pratiquement le contraire (=dans l'action). Ce type sera avant tout la possibilité du respect pur, c'est-à-dire aucune inclination spontanée au bien. Et du coup, devient possible l'estime de soi = le "caractère" (disposition à tenir bon dans l'adversité). 
       Paragraphe 2 : les conditions de la disposition au respect. 
Travailler à son propre bonheur, c'est-à-dire tout faire pour se soustraire à la tentation. Il s'agit d'un devoir indirect, il ne commande pas une action sous la forme d'une maxime (comme l'impératif catégorique). Il agit de façon négative, il élimine des occasions de contresens sur le devoir. Et surtout, cet impératif travaille contre les exceptions, c'est-à-dire les alibis toujours possibles. Le bonheur est en principe un état permanent = il nous donne une disposition (à telle action). 
        Problème : le bonheur est une totalité qui contient toutes les satisfactions possibles avec les contradictions, les incompatibilités inévitables. 
        par ex : obtenir la longévité tout en gardant la jeunesse. Ou encore, étendre ses connaissances, en évitant toute sensibilité au mal. Ou encore, obtenir une bonne santé (heureux hasard) et en même temps rester sage. Le bonheur dissimule mal certains problèmes et surtout une insatisfaction du principe (écrite dans l'idée même du bonheur). Il conduit très souvent à privilégier une inclination, c'est-à-dire miser sur un plaisir au détriment des autres plaisirs et même avec la conscience de certains effets catastrophiques. 
        ex : une affection digestive qui impose telle privation mais qu'on accueille comme une difficulté presque oubliante en absorbant la substance qui détruit. 
        moralité : l'idée du bonheur que nous ne formulons pas peut s'avérer perverse. 
        Dans tous les cas le bonheur demeure la condition au moins partielle d'une disposition à la vertu, c'est-à-dire au respect du devoir comme tel.
        Paragraphe 3 : sous l'affectivité, la moralité. Ou plutôt, l'affectivité peut se soumettre à la moralité. Elle en a sa part. Soit, la prescription d'amour universel "tu aimeras ton prochain comme toi-même" : elle ne commence par l'amour qu'on devrait vivre comme sentiment, c'est-à-dire recevoir (sans rechercher ou susciter un état affectif). Les sentiments ne se commandent pas. Cette prescription commande le respect pour la personne humaine en général. Ce sentiment n'est pas reçu ou subit = "pathologique". Il est "pratique", c'est-à-dire rattaché à l'action. Donc, à ce qui peut nous coûter un effort (ce qui nous met à l'épreuve et parfois au défi). D'où un rapport à autrui fondé sur le rapport d'identité. L'autre comme soi-même et réciproquement. Voir la 2ème formule du devoir.


     "Traite l'humanité dans ta personne comme dans celle d'autrui, toujours en même temps comme une fin et jamais simplement comme un moyen". Kant. 
Kant n'interdit pas d'utiliser les services d'autrui. Il ne dit pas "ne traite jamais l'humanité comme un moyen". Il dit que ce traitement est immoral parce que réducteur, c'est-à-dire il dégrade l'homme au rang de la chose, c'est-à-dire ce qui n'a pas liberté et raison. Il faut s'inscrire dans la vie sociale = le rapport à autrui. Donc, utiliser les services d'autrui, mais les traiter de façon double = en même temps comme un moyen et une fin, c'est-à-dire rendre l'équivalent du service qu'on a reçu = se mettre en retour au service d'autrui.
        ex : payer une marchandise.
L'être humain par essence est irréductible au statut de simple moyen. La raison est liberté = elle ne se soumet à rien (rien ne le surplombe dans la hiérarchie). 
        NB : le rapport à autrui est aussi rapport à soi-même. Pourquoi ? Chacun doit se juger lui-même = for intérieur, c'est-à-dire notre conscience (morale) c'est une structure double. Elle suppose une altérité (en moi). Je suis juge et partie. Donc, je peux me traiter de façon immorale.
par ex : si je me mens pour me faire plaisir, je me traite simplement comme un moyen, et non comme un esprit digne de recevoir la vérité.
Voir Ricoeur, Sois-même comme un autre.

        Critique : Kant nous parle de notre prochain, c'est-à-dire le semblable qui n'est pas infiniment éloigné mais toujours à portée de main. Il est des nôtres, comme dans une grande famille. Kant prend la raison universelle comme cette donnée qui identifie tout homme à tout homme. Et du coup, il ne rend pas compte d'une difficulté : l'entrée dans l'humain. Il en fait une présupposition. Il n'évite pas l'abstraction, c'est-à-dire il laisse de côté l'altérité d'autrui. Le reste privilégie le dénominateur commun, c'est-à-dire l'autre moi (au détriment de l'autre que moi). Kant retient l'identité plutôt que la différence. Or, l'identité spécifique nous : "un homme est un homme". Mais elle ne signifie pas que tous les hommes sont le même homme. Cette identité spécifique nous dit tout au plus une égalité, mais elle laisse dans l'ombre une question délicate : comment cette égalité peut-elle s'établir sur le fond des différences individuelles ? Deux êtres humains, même très proches seront toujours deux, c'est-à-dire l'altérité n'a rien d'illusoire. L'autre moi n'est pas l'autre que moi, celui qui ne nous est pas encore apparu.

        3- Conscience 
        Comment passons nous du sentiment de soi à la conscience de soi = de l'animalité à l'humanité ? Ce passage est impossible sans l'affrontement avec autrui. D'où le rapport entre le 3 et le 1+2.
1+2 = je suis porté vers autrui.
3 = je me porte vers autrui, c'est-à-dire, la violence, le choc sont nécessaires, on ne peut se poser qu'en s'opposant, on se "libère" du moi comme d'un carquant en affrontant, en affrontant l'épreuve de l'altérité = comprendre que l'être libre est celui qui n'obéit qu'à lui-même, parce qu'il est à la fois maître et serviteur de lui-même.

Chapitre F - H.

La recherche d'un nouvel ordre
Chapitre F                            mondial depuis les années 70
Pourquoi la fin de l'ordre bipolaire instaure-t-elle un ordre mondial complexe et instable ? 

        1- Le regain de la guerre froide (1975/79 - 1985)
               a- Le tournant des années 70

        La chute de Saïghon et le scandale du Water Gate ont profondément ébranlé l'Amérique. Sa puissance économique est aussi fragilisée par les dévaluations du dollar (1971-1973), les chocs pétroliers (1973/1979) tandis que le Japon apparait comme un redoutable concurrent. Le démocrate Jimmy Cartern élu à la présidence en 1976 va cherche à réintroduire une certaine moralité dans les relations internationales. Il connait quelques succès comme les accords de Camp David en 1978. Il n'arrive toutefois pas à s'imposer sur la scène internationale. 
        Au même moment, l'URSS s'enfonce dans la stagnation brejnevienne ("haute Volta avec des missiles" Helmut Schmidt). Un mouvement de dissidence se développe chez les intellectuels, notamment dans les démocraties populaires. Son rayonnement international s'est beaucoup affaibli. 
        Ainsi, l'ordre bipolaire né de la guerre froide commence à être battu en brèche par l'émergence de nouveaux acteurs. En janvier 1979, le Shah d'Iran considéré par les USA comme leur "gendarme" au Moyen Orient, est renversé. La vague révolutionnaire est dominée par l'ayatollah Khomeiny et le clergé musulman schiite. Ils se présentent comme les défenseurs des valeurs traditionnelles de l'islam, menacée par la modernité occidentale. La nouvelle république islamique d'Iran est donc violemment anti américaine.  Elle provoque le deuxième choc pétrolier et encourage la prise en otage des membres de l'ambassade américaine à Téhéran. Elle s'oppose aussi résolument aux athée communistes soviétiques. La révolution islamique échappe donc à la logique bipolaire. Le régime "panarabiste laïc" de Saddam Hussein en Irak va alors chercher à s'opposer à la contagion de l'islamisme chiite. Une guerre stérile oppose de 1980 à 1988 l'Irak à l'Iran.
        b- La fin de la Détente

        L'URSS tire d'abord profit des doutes de l'Amérique. Elle se lance dans une politique d'expansion dans le Tiers Monde. En s'appuyant sur ses alliés, et surtout sur les Cubains et les Vietnamiens, elle parvient à se tailler une nouvelle zone d'influence, notamment en Afrique australe (Angola, Mozambique …) 

Surtout l'Armée Rouge occupe l'Afghanistan en décembre 1979. Il s'agit pour elle de défendre un régime communiste menacé. Cette invasion provoque néanmoins une vague de protestations aussi bien dans le monde occidental que dans le monde musulman. Le président Carter impose un embargo sur les exportations de céréales et de haute technologie vers l'URSS. Ils décident aussi avec de nombreux autres pays de boycotter les JO de Moscou en 1980. La détente est alors enterrée. 

        c- "America is back" : ou la contre offensive américaine

        En novembre 1980, le républicain Ronald Reagan est élu à la présidence sur un programme musclé. Grand communicateur, il sait mettre en scène la nouvelle Amérique et redonner confiance. Il use pour cela de slogans comme "America is back" et présente l'URSS comme "l'empire du mal". L'idéologie et l'atmosphère de la guerre froide sont ainsi réactivées. Les USA pratiquent l'endiguement par tous les moyens y compris par le soutien des dictatures anti communistes (Philippines de Marcos, Indonésie de Sukarno : "ce sont des salauds mais ce sont nos salauds"). Ils accordent une aide massive aux islamistes (sunnites) qui combattent les soviétiques en Afghanistan (Oussama Ben Laden). (La guerre selon Charlie). 
        La course aux armements reprend, notamment en Europe avec la crise des Euromissiles. Les soviétiques installent vers l'Europe occidentale de nouvelles fusées, les SS20. Les USA refusent alors de ratifier les accords SALT II. En 1983, ils déploient les missiles Pershing, en Allemagne ou au Royaume Uni malgré de nombreuses manifestations pacifistes (voir discours de Mitterand au Bundestag). 
        Surtout Reagan va lancer l'IDS ou "projet de la guerre des étoiles". Il vise à mettre en place un bouclier social, invulnérable aux missiles soviétiques. Cela oblige l'URSS à se lancer dans des investissements militaires ruineux pour son économie déjà mal en point.    
2- Effondrement de l'ordre communiste et fin de l'ordre bipolaire (1985-1991)
        a- La nouvelle donne soviétique

        L'arrivée au pouvoir de Mikhail Gorbatchev en mars 1985, va bouleverser les relations internationales. Le nouveau secrétaire général se persuade rapidement que seules de profondes réformes peuvent sauver le pays. L'accident nucléaire de Tchernobyl en 1986 démontre d'ailleurs de manière dramatique les dysfonctionnements du système. Pour lutter contre les blocages et obtenir le soutien de la société Gorbatchev lance le Glasnost (transparence) et Perestroïka (restructuration) qui visent à libérer la société et l'économie. Une telle politique nécessite l'apaisement des relations internationales, l'URSS est désormais incapable d'entretenir sa "surexpansion impériale". 
        Malgré la méfiance initiale des occidentaux, une climat de confiance parvient à s'instaurer entre Gorbatchev et Reagan qui est en position de force. Il permet la reprise des négociations sur les armements. En décembre 1987, le traité de Washington décide la suppression des missiles de portée intermédiaire dont les euromissiles. En 1991, le traité START à Moscou prévoit la diminution des armements nucléaires stratégiques. Par ailleurs, l'URSS retire ses forces à partir de 1988 de nombreux pays (Angola, Éthiopie …) En 1989, l'Armée Rouge évacue aussi l'Afghanistan. 

        b- La disparition du camp communiste

        Gorbatchev reconnait aussi à partir de 1987 la possibilité pour chaque démocratie populaire de poursuivre sa propre voie. Il met ainsi fin à la doctrine Brejnev de la souveraineté limitée. La Pologne et la Hongrie se libéralisent dès 1985. La chute du mur de Berlin le 9 novembre 1989 provoque une accélération de l'histoire. Privés du soutien de Moscou, les régimes communistes de RDA, de Tchécoslovaquie et Roumanie s'effondrent en quelques semaines. En 1990, la CAEM et le Pacte de Varsovie sont dissous. Tous les liens entre l'URSS et les anciens satellites disparaissent. L'Europe retrouve son unité. La réunification de l'Allemagne le 3 octobre 1990 en est le meilleur symbole. La fin du bloc communiste met un terme stupéfiant à la guerre froide. Les occidentaux l'ont donc emporté par défaut. Au début de 1991, lors de la guerre du Golfe et de l'opération tempête du désert, les USA n'ont aucune difficulté à réunir une vaste coalition pour chasser les irakiens du Koweit. Moscou ne cherche à aucun moment à s'y opposer. 

        c- L'implosion de l'URSS

        En URSS, les réformes de Gorbatchev se révèlent inefficaces. Les tentatives de compromis entre écomonie planifiée et économie de marché (Perestroïka) accentuent la désorganisation et les paralysies. 
Avec la levée de la censure (Glasnost) une partie de l'opinion se montre de plus en plus hostile au régime. Le communisme, ciment de l'URSS est largement discrédité. Les nationalisme s'exacerbent en particulier dans les républiques baltes et caucasiennes de l'URSS. Le processus de dislocation commence par la proclamation de l'indépendance des pays baltes. La Russie elle-même affirme sa souveraineté en élisant à sa tête le réformateur Boris Eltsine en juin 1990.
        Gorbatchev apparait de plus en plus tiraillé entre les partisans du retour au communisme (conservateurs) et les partisans d'une politique libérale intégrale menée par Eltsine.  Les conservateurs, désireux de sauver l'URSS à tout prix lancent un putsch le 19 octobre 1991. Mal organisé, il échoue rapidement. Ce fiasco inflige le coup de grâce à l'autorité de Gorbatchev, au pouvoir central et au PCUS. Ce dernier est même déclaré illégal en Russie par Eltsine qui apparait comme le nouvel homme fort. Surtout, les républiques, Russie en tête proclament leur indépendance les unes après les autres. Elles consacrent ainsi de fait la disparition de l'URSS. Gorbatchev, président pathétique, sans état et sans pouvoir ne peut que démissionner le 25 décembre 1991.
Les fondements majeurs du monde de l'après guerre s'effondrent. La fin de l'URSS et de la confrontation Est-Ouest ouvre une nouvelle phase pleine d'incertitudes. 

3- Un monde unipolaire ?
a- L'affirmation de l'hyperpuissance américaine

Avec l'effondrement de l'URSS, les USA triomphent. L'historien américain Francis Fukuyama annonce la "fin de l'histoire". Il n'y a pas d'autre alternative que la mondialisation libérale "heure et démocratique", inspirée par l'Amérique. Les Etats Unis font désormais figure d'hyperpuissance.
       Jusqu'en 1992, le républicain Bush, ancien chef de la CIA s'impose avec une certaine retenue. La riposte militaire à l'invasion du Koweit par l'Irak se fait ainsi dans le cadre de l'ONU. 
Sous le démocrate Bill Clinton (président de 1993 à 2001), l'hyperpuissance est de plus en plus assumée au nom d'une "hégémonie bienveillante" (expression de Madeleine Albright, secrétaire d'état). Les USA jouent ainsi un rôle d'arbitre au Proche Orient. Ils décident des engagements en ex-Yougoslavie, notamment en Bosnie et surtout au Kosovo (en 1999), sans nécessairement obtenir un consensus  international. 
       Ils abandonnent ainsi peu à peu l'idée de multi-latéralisme. Les attentats du 11 septembre conduisent G.W. Bush à adopter une vision unilatéraliste. Elle s'inspire de la doctrine des néo-conservateurs (Kristol, Kagan …). Les USA doivent déterminer seuls ce qui constitue une menace pour la sécurité du monde. Bush proclame ainsi la nécessité de mener une croisade contre un "axe du mal" formé par les "états voyous" (rogue states). 
L'intervention contre les Talibans qui hébergent Ben Laden à l'automne 2001, se fait avec l'accord de l'ONU, en revanche, la guerre préventive contre l'Irak est décidée unilatéralement. En avril 2003, après 3 semaines de guerre, Bagdad est conquise. Le succès est néanmoins plus apparent que réel, l'Irak libérée sombre dans l'anarchie tandis que les oppositions à l'hégémonie se manifestent de plus en plus fortement. 
        L'élection de Barack Obama, en 2008 conduit à une réorientation spectaculaire des options diplomatiques. La nouvelle administration présidentielle est en effet obligée de tenir compte des bouleversements intervenus sur la scène internationale.

        b- L'émergence de nouveaux acteurs

       De nouvelles puissances se sont en effet révélées de manière spectaculaire. L'Union Européenne est une concurrente commerciale et tente difficilement de se doter d'une politique extérieure commune.
La Russie, après une décennie de repli catastrophique, cherche à regagner son influence sur les anciens pays de l'URSS, notamment l'Ukraine ou la Géorgie (guerre de l'été 2008).

        Surtout, la Chine est aujourd'hui en voie d'obtenir une place prépondérante en Asie. Elle peut espérer grâce à son poids démographique, économique et militaires, ainsi que ses réussites technologiques (premier taïkonaute en 2003) faire à brève échéance jeu avec les USA. Dans une moindre mesure, l'Inde, le Brésil et l'Afrique du Sud suivent son exemple. 
Depuis 1991, l'ONU a également retrouvé des marges de manoeuvre, s'affirme comme un acteur, et cherche à promouvoir le multilatéralisme. Ses missions se multiplient. Il s'agit de diplomatie préventive, d'opération de maintien de l'ordre (Côte d'Ivoire, Nord Kivu) L'ONU encourage aussi l'émergence d'un droit international en créant des TPI (Tribunal pénal international) comme ceux de Yougoslavie, du Rwanda ou encore du Cambodge. Des acteurs non étatiques apparaissent également sur la scène mondiale : des ONG jouant un rôle de sensibilisation et de pression. De même, la mondialisation a fait émerger des mouvements alter-mondialistes souvent hostiles à l'omnipotence des USA. On est donc en train d'assister à l'émergence d'un monde multipolaire après une vingtaine d'années au cours desquelles les USA auront disposé d'un quasi monopole / d'une véritable hégémonie. 

4- Un monde toujours instable
a- La multiplication des conflits locaux

La bipolarisation de la guerre froide avait favorisé une certaine stabilité. Sa disparition laisse de nombreux états livrés à eux-mêmes. Le vide idéologique créé par l'effondrement du communisme contribue également à la renaissance de rivalités nationales ou religieuses. C'est le cas notamment dans les Balkans, et dans l'ex-URSS. Ainsi, en Yougoslavie, à partir de 1990, l'éclatement s'effectue dans la violence. Dans le Caucase, une guerre oppose les Arméniens chrétiens aux Azeris musulmans dès 1991. Les russes interviennent par deux fois pour empêcher la sécession de la Tchétchénie, petite république musulmane de Russie. 
L'Afrique s'enfonce dans les guerres inter-ethniques alimentées par un arrière fond de pauvreté, la corruption et la dissolution étatique. En 1994, au Rwanda, les Hutus se livrent ainsi à un génocide à la machette de leurs compatriotes Tutsi. Enfin, de l'Algérie à l'Afghanistan éclatent de nombreuses guerres civiles liées à l'islamisme. 
La multiplication des conflits à dimension identitaire alimente alors la vision hungtigtonienne du conflit des civilisations. 

        b- La montée de l'islamisme

       L'islamisme est un mouvement qui cherche à faire de l'islam la base unique de la vie spirituelle, mais aussi politique et sociale du monde musulman. Il souhaite reconstituer l'Emma, un ensemble sans frontières, sans état nation, regroupant la communauté des croyants. 
Né dans les années 30 en Egypte, il connait un remarquable essor à partir des années 70, notamment dans le monde arabe et au Moyen-Orient (Iran). Il est lié à l'échec des politiques de développement s'inspirant du modèle occidental souvent  autoritaire (Iran du Shah) et plus encore du panarabisme soutenu par l'URSS (Egypte, Algérie …). Il prospère ainsi sur un fond de crise économique, de chômage de masse, de corruption et de népotisme (privilégier les "copains") des régimes en place. Les défaites militaires du nationalisme arabe incarné par Nasser face à Israël (1956-1967-1973) favorisent également ses progrès au sein des populations déçues et frustrées. 
        L'islamisme connait alors trois poussées successives :
  - Le révolution de 1979 en Iran est sa première grande victoire. Le rayonnement de la théorie fondée par Khomeny est toutefois limité par son adhésion à l'islam chiite. 
  - Dans les années 80, l'islamisme sunnite est relancé par la guerre d'Afghanistan. L'opposition à l'invasion soviétique suscite l'essor de groupes islamiques venus de l'ensemble du monde musulman. Ils sont financés par l'Arabie Saoudite, entrainés au Pakistan par la CIA. En Algérie, le FIS (Front Islamique du Salut) se pose comme la principale force d'opposition au FLN. Interdit après son succès électoral de 1991, il déclenche la guerre civile. Menée par des anciens d'Afghanistan, les GIE (Groupe Islamique Armé) se livrent ) à des exactions particulièrement brutales. Cette vague finit par être jugulée. 
  - Depuis la fin des années 90, un nouveau courant islamiste apparait sous la forme du réseau terroriste mondialisé : Al-Quaïda. Fondé par le saoudien Oussama Ben Laden,  il se développe dans un contexte de rancoeur et de frustration vis à vis de l'Occident. Il entend mener la guerre sainte, en particulier contre les USA et Isréaël.  Le 11 septembre 2001, il parvient à frapper le coeur même de l'hyperpuissance américaine. L'islamisme sous sa forme terroriste connait depuis peu un reflux.  Al-Quaïda est devenue une sorte de franchise dont se réclame une nébuleuse assez peu structurée. Il se consolide toutefois dans le domaine sociétal : le fondamentalisme. Il conduit avec succès la ré-islamisation des sociétés, notamment au Moyen Orient ou des communautés immigrées en Occident (généralisation du port du foulard …) Il s'intègre parfois aussi dans le jeu politique. En Turquie, l'AKP, parti islamiste dit modéré parvient ainsi au pouvoir en 2002, et semble respecter les libertés publiques. 
        L'islamisme a donc un rôle important dans le nouvel ordre international. 
Il brouille les rapports entre occidentaux et musulmans et déstabilise les équilibres nationaux et internationaux. 

        c- Le conflit israélo-palestinien : un abcès de fixation révélateur

       La Guerre du Golfe permet d'envisager à partir de 1991 la solution au problème palestinien. L'OLP (organisation de libération de la Palestine) qui a soutenu l'Irak est dans une position de faiblesse. Sous l'égide de Bill Clinton, un accord est signé à Washington en septembre 1993 entre Yasser Arafat et Itzhak Rabin. Ce texte prévoit un territoire autonome pour les palestiniens dans la Bande de Gaza et en Cisjordanie. Il doit être gouverné par un embryon d'état, "l'autorité palestinienne". L'implation de colonies israéliennes dans les territoires occupés et la reprise des attentas par les islamistes du Hamas interrompt le processus de paix. 
        En septembre 2000 éclate la deuxième Intifada ou révolte nucléaire. Aux attentats suicides palestiniens, répond la répression de l'armée israélienne. Le gouvernement mené par Ariel Sharon décide alors d'ériger un mur séparant Isarël des territoires palestiniens. Depuis lors, malgré la restitution de Gaza aux palestiniens,  et les tentatives de l'autorité palestinienne, la situation ne s'est pas améliorée, comme le montre l'opération israélienne à Gaza de janvier 2009. 
        Ce conflit apparait comme un résume de la géopolitique actuelle. Il est un conflit d'abord national opposant deux peuples pour une terre. Il possède également une dimension religieuse, civilisationnelle essentielle. L'impasse politique nourrit l'islamisme radical. Les marges de manoeuvre de l'ONU, de l'UE ou de la Russie pour résoudre le conflit apparaissent limitées. Seule la puissance américaine semble - à condition d'en avoir la volonté - en mesure de favoriser une évolution pacifique.

lundi 6 décembre 2010

Chapitre B -G. - 2

Chapitre B :
L'organisation du territoire des Etats-Unis
Comment la puissance américaine s'inscrit-elle dans l'organisation du territoire ? 
       1- Un territoire maîtrisé et peuplé
                a- Maîtrise et mise en valeur du territoire

        L'immensité du territoire américain est une donnée géographique fondamentale. Avec 9,3 millions de km2 , ils représentent la 4ème superficie mondiale. Elle permet ainsi de comprendre l'étalement urbain, une certaine vision du monde et les mythes fondateurs (la frontière). 
La maîtrise de l'immensité est assurée par un exceptionnel réseau de transport et de télécommunication. La constitution de ce réseau a commencé par l'utilisation des voies fluviales,  puis la voie ferrée avec la conquête de l'Ouest. Elle s'est poursuivie avec la route (1/4 du réseau mondial), les conduites (oléoducs, gazoducs) et plus qu'ailleurs, les lignes aériennes (presque 50% du trafic passager mondial). Les USA possèdent donc 15 des 30 premiers aéroports mondiaux. Ils sont souvent des hubs (Chicago, Atlanta, Dallas) qui concentrent par voie de conséquence de nombreuses activités. 
        L'immensité ainsi maîtrisée est source de richesse. Le potentiel énergétique, minéral, et agricole est considérable. Le pays possède plus de 30% des réserves mondiales de charbon (Appalaches + Wyoming), des hydrocarbures (Golfe du Mexique, Alaska …), des ressources minérales variées et abondantes (Rocheuses …). Ses ressources en eau sont aussi considérables. Il exploite l'intégralité de la gamme des productions agricoles. 
        Ce territoire est néanmoins exposé aux excès de la nature : risque sismique en Californie, extrêmes climatiques (froid dans le Nord, sécheresse dans l'Ouest), ouragans dans le Sud-Est.  

        b- Une population dynamique 

        Avec 300 millions d'habitants, les USA possèdent la 3ème population mondiale. Elle se caractérise par une remarquable vitalité démographique et par l'importance des flux d'immigration. Les USA attirent aujourd'hui une majorité de migrants latinos-américains ou asiatiques. Les blancs voient donc leur part diminuer dans la population totale : 
- 2000 : 75% 2050 : 50% ? . 
Les minorités noires, asiatiques et surtout hispaniques progressent rapidement surtout au Sud et à l'Ouest. L'importance de la population et son caractère pluri-ethnique (malgré certaines frictions) constituent des contributions importantes à la puissance. Le marché du travail et de consommation est colossal tandis que la diversité culturelle permet une meilleure pénétration des marchés mondiaux (world culture).


        Mais la répartition de la population reste inégale. Les contrastes de densité sont le fait de la nature (montagnes, aridité et altitude à l'Ouest) et plus encore de l'histoire du peuplement (arrivée des colons par le Nord Est. Toutefois, l'immensité du pays contribue à entretenir une mentalité pionnière. 1 américain sur 6 déménage chaque année. Ces migrations internes favorisent aujourd'hui le croissant périphérique, notamment la Californie, le Texas et la Floride. Les états des Rocheuses (Nevada, Arizona …) connaissent depuis peu un certain engouement (white fly). Le Nord Est reste toutefois le premier foyer. 
Importante, diverse et mobile, la population américaine est un fondement de la puissance. 

        c- Mondialisation et territoire 

La mondialisation provoque de nouvelles dynamiques territoriales : l'essor des interfaces, la métropolisation et la fragmentation territoriale. 
        - les façades et les régions frontalières connaissent un grand dynamisme. Les premières bénéficient de la littoralisation de l'économie. Les secondes tirent profit des complémentarités ou du différentiel économique. C'est le cas de la budgéto-police de Portland à Vancouver et surtout de le frontière avec le Mexique. 
        - la métropolisation de l'espace américain est très importante. Une majorité des populations et des activités se concentrent toujours d'avantage dans une quarantaine d'aires urbaines de plus d'1 million d'habitants. New York, Los Angeles et Chicago dominent un réseau de métropole très hiérarchisé. Washington, les grandes cités du Sud (Atlanta, Houston) et de l'Ouest (San Francisco, Seattle) s'affirment de plus en plus. Elles sont des éléments essentiels de l'AMM. 
       - l'espace métropolitain est par ailleurs de plus en plus fragmenté. Au centre, les grattes ciels du CBD accueillent les éléments fonctionnels de la puissance (sièges sociaux des FTN, activités financières). Les quartiers péricentraux laissés parfois à l'abandon se transforment alors en ghetto (South Central à Los Angeles). Certains d'entre eux connaissent des opérations de réhabilitation (Immer Harbor à Baltimore) et un processus de gentrification (montée de réhabilitation sociale). 
        La ville américaine se caractérise aussi par l'étalement des suburbs. Celles-ci juxtaposent des pavillons standardisés, des surfaces commerciales (malls) et des pôles d'activités qui sont de véritables centres de substitution (edge cities). Les métropoles américaines sont devenues polycentriques. 

2- L'organisation spatiale du territoire
        a- Le Nord Est : centre d'impulsion de l'espace américain et mondial 

        Le Nord-Est inclut la Mégalopolis, la Nouvelle Angleterre et la région des grands lacs. Il concentre environ une centaine de millions d'habitants soit environ 1/3 de la population. Il est le berceau historique du peuplement, puis de l'industrialisation des USA. Le Nord-Est qui est aux débouchés des Grandes Plaines, en relation directe avec l'Europe s'est imposé depuis longtemps comme la région centrale du pays. 
        Cette "manufacturing blet" a toutefois récemment connu des difficultés économiques liées à la reconversion des industries traditionnelles (automobile à Detroit, sidérurgie à Pittsburgh) et un certain déclin démographique. 
        Toutefois, sa capacité décisionnelle reste exceptionnelle. Il possède en effet les métropoles les plus puissantes et les plus complètes (NYC, Chicago, Washington). C'est là que se concentre l'essentiel des capitaux, 70% des sièges sociaux des FTN, les universités, et les centres de recherche les plus prestigieux (Harvard, Yale, MIT). Tirant parti de ces atouts, il a su développer les industries de pointe (route 128 et 495 autour de Boston) et se reconvertir dans le tertiaire supérieur. Cas révélateur, le siège social de Boeing a été transféré de Seattle à Chicago en 2000. 
La puissance décisionnelle du Nord-Est s'exerce aussi à l'échelle mondiale depuis New York (Nyse (New York Stock Exchange), siège de l'ONU) à Washington (Maison Blanche, FMI, Bird …) 

        b- Le croissant périphérique : un dynamisme en archipel 

        De la Virginie jusqu'à l'état de Washington (Seattle) s'étend le croissant périphérique.  Très attractif, il rassemble déjà la moitié de la population et absorbe l'essentiel de l'accroissement démographique. Cette "Sun Belt" s'appuie sur des ressources spécifiques comme les 4 S (Sea, Sun, Sand, Ski), l'attrait du climat, de l'environnement et la présence de riches ressources naturelles (hydrocarbures). Par ailleurs, elle bénéficie de sa position d'interface avec l'Asie Pacifique et l'Amérique latine (mexamérique). 
       En fait, le croissant périphérique n'est pas un espace homogène. Il est constitué de 4 ou 5 régions motrices séparées par des espaces moins peuplés. 
        - Le Nord-Ouest pacifique est dominé par Portland et Seattle. Cette métropole structure avec Vancouver au Canada une région transfrontalière dynamique : la PUGETOPOLIS. 
        - (p108-109) La Californie est le premier état de l'union par sa population et son PIB. Ses atouts : l'agribusiness et plus encore la concentration d'industrie de pointe (Silicon Valley) au sud de San Francisco font d'elle l'un des pôles majeurs d'organisation de l'espace pacifique. 
        - Le Texas qui est le 2ème état de l'union mise sur ses hydrocarbures, son CMI (complexe militaro-industriel), ses activités high-tech et ses infrastructures de transport (HUB de Dallas, port pétrolier de Houston). 
        - La Floride est la plus puissante région touristique du monde. Elle mise aussi sur l'agribusiness et l'aérospatial (NASA). Ces deux états sont actuellement les plus dynamiques du croissant périphérique. 
       - Le vieux sud a connu une certaine rénovation de son agriculture et des transferts industriels venus du Nord-Est. Atlanta est devenu d-un pôle urbain majeur au coeur de la Metrolina. 
        Le croissant périphérique ne possède toutefois que des centres de commandement secondaires. Il reste dépendants des centres de décision du Nord-Est. 

        c- L'espace intérieur : des territoires hyper spécialisés ou en réserve

        Les Grandes Plaines, les Rocheuses et l'Alaska sont marquées par la faiblesse des densités et par le poids des activités primaires (extraction + agriculture). Les métropoles sont peu nombreuses (Denver, Salt Lake City) et ne forment pas un réseau urbain hiérarchisé. Toutefois, deux ensembles peuvent être distingués : 
       - Les régions agricoles des Grandes Plaines constituent l'un des plus importants grenier. Elles produisent les 2/3 du blé et du soja américain. Elles forment ainsi une périphérie à très forte spécialisation productive, partie prenante de la mondialisation. 
        - Les Rocheuses et l'Alaska sont exploités de manière ponctuelle pour leurs riches ressources naturelles (minerais). Ils constituent des espaces en réserve dont l'importance est considérable pour la puissance américaine. 

samedi 4 décembre 2010

Analyse de séquence, méthode - A.


1)    COMPOSE : Noter ce qui est frappant dans la mise en scène (jeu d’acteur, lumière, son, cadrage…) puis classer ses idées. Mais, on risque d’oublier des détails.

2)    LINEAIRE : Plan par plan mais il va également falloir mettre en avant des directions de travail, des axes.

3)    Découper la séquence en parties ; annoncer les caractéristiques de chaque partie.